Une
plongée Tek
|
![]()
Par Cédric Verdier
A ceux qui l'auraient oublié, le but de la plongée Tek, c'est avant tout de se faire plaisir.
Pourquoi s'embêter à concocter des mélanges gazeux ésotériques, à planifier des plongées qui ressemblent à la préparation du lancement d'une fusée, à s'harnacher d'un matériel issu du fleuron de la sidérurgie teutonique, si ce n'est dans le but de découvrir un site de plongée que l'on ne pourrait découvrir autrement. Sinon, quelle pulsion masochiste malsaine pourrait pousser un plongeur normalement constitué, à se réduire le dos en compote et à confier son intégrité physique aux bons soins d'un logiciel de calcul - console de jeux censé modéliser son profil de décompression ?
Alors ne serait-il pas temps que la plongée Tek mûrisse un peu et que les plongeurs recentrent leur intérêt sur le vrai but de toute incursion sous-marine : l'exploration et la découverte de sites de plongée.Encore trop souvent malheureusement, le plongeur amateur d'extrême et de sensations fortes, se laisse entraîner dans " la course à l'armement ", dans le seul but de surenchérir au niveau des chiffres : plus de kilos de matériel, plus de litres de gaz emportés, plus de profondeur. Les nombres valsent mais le but est stérile et artificiel, alors que l'essence même de la plongée est de contempler une roche, du corail, une épave, un réseau immergé ou une espèce rare. Doit-on risquer à tout moment sa vie et sa santé dans le seul but de prouver " qu'on est capable de le faire " ?
On se moque parfois du plongeur Tek surchargé de bouteilles et de matériel, mais il l'a bien cherché. Selon le double dogme de la redondance et de la sécurité, chacun s'évertue à emporter avec lui quatre ardoises, six dévidoirs, douze parachutes, une Wings grosse comme un bateau pneumatique et assez de gaz pour approvisionner en vol un Zeppelin victime d'une déchirure.
Et à quoi servent tous ces équipements, alors que la plupart du temps, la moitié est perdue durant la plongée ? Comme si le plongeur Tek offrait une partie de son matériel aux dieux de la plongée : " je vous offre ces mousquetons, ces tables et ces ardoises. Merci de me garantir une bonne plongée ".
Mais tous ces accessoires perdus ne rendent la plongée plus sûre que parce qu'ils ne font qu'alléger un peu le plongeur, et l'importance de la quantité " d'offrandes " ne fait que contenter les dieux du commerce, et non ceux de la plongée.
Ne serait-il pas temps, alors que le matériel se fait de plus en plus fiable et performant, que le plongeur se fasse quant à lui, plus réfléchi et s'interroge sur les équipements dont il a réellement besoin pour son confort et le bon déroulement de sa plongée.
Qui arrivera à me faire croire que l'on peut se faire plaisir lorsque le poids de l'équipement emporté sous l'eau dépasse celui du plongeur ? Qui peut réellement profiter de sa plongée lorsque les seules parties du corps qui peuvent encore bouger sont les yeux, enchâssés dans une masse informe dont une analyse chimique révélerait une teneur en Inox et en Néoprène bien supérieure à celle en chair humaine ? N'y a-t'il pas déviance lorsque l'on parle d'heures de préparation minutieuse pour une plongée dont le seul objectif est d'aller sur un fond de vase dont la profondeur se compte en hectomètre ?
A force de discuter du moyen de locomotion, on en oublie le but du voyage.