Vie et moeurs su scooter sous-marin

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Par Cédric Verdier

 

Depuis leur ancêtre à tous, l'Aquazeep allemand, et les images que l'on a pu voir de l'équipe Cousteau ou de plongées spéléo, leur silhouette est connue. Dans certains James Bond et autres films d'action, les scooters sous-marins ont même eu la vedette.
Fêtant leurs vingt ans d'existence, ils ont d'abord été utilisé par les militaires et les scaphandriers professionnels, puis par les spéléos avant d'investir le marché de la plongée loisir.

De nos jours les modèles sont plus nombreux sur le marché, moins chers pour certains et surtout beaucoup plus petits et maniables.
Ils permettent d'explorer plusieurs sites dans la même plongée, de parcourir de grandes distances, de partir du bord plutôt qu'en bateau, et accessoirement de faire fuir les poissons comme les gamins font peur aux pigeons sur la place St-Marc.
Mais quels sont les modèles que l'on trouve en France et tout le monde peut-il les utiliser sans problème et partout ? Et peut-on sans problème confier un scooter à un plongeur sans au préalable l'avertir de certains risques qui seraient liés à son utilisation ?

Ce que nous appelons un peu rapidement scooter comprend en réalité deux catégories différentes : les scooters qui sont des engins qui tractent le plongeurs accroché à la force des bras, et le Loco-plongeur sur lequel le plongeur est assis ou allongé (ce que les anglo-saxons appellent DPV ou Diver Propulsion Vehicule).
L'intérêt de ces différents propulseurs, c'est d'être très manœuvrable et de parcourir sans efforts de très grandes distances. Cet absence d'efforts permet d'économiser son air de façon impressionnante. L'image même du scooter sous-marin, c'est celle du plongeur se déplaçant en pleine eau rapidement et en toute liberté. En réalité il faut tempérer cette image par trois inconvénients qui limitent ce plaisir : le rayon d'action qui dépend de l'autonomie de la batterie, le confort essentiellement lié à l'effort nécessaire pour tenir et manipuler l'appareil, et la vitesse qui implique certains risques.

Les dangers de la vitesse...

Un propulseur, mis à part certains modèles très puissants comme le Farallon, n'est jamais très rapide car la rapidité est souvent synonyme de baisse d'autonomie. Tout cela dépend de la taille, du poids et de l'hydrodynamique non seulement de l'engin mais aussi du plongeur qui l'utilise. L'un des facteurs les plus limitants est sans conteste l'hélice. Des impératifs de production et de prix imposent des hélices qui ne sont toujours très adaptées et dont le faible rendement est préjudiciable à la vitesse du scooter.
Malgré tout, ces engins vont plus vite qu'un plongeur à la palme. Cela peut donc générer des problèmes quant aux vitesse de remontée et de descente. Un plongeur non averti risque facilement un barotraumatisme, que ce soit au niveau des oreilles à la descente ou des poumons à la remontée. Vue la facilité de descente, le plongeur peut accidentellement descendre plus bas qu'il ne l'avait prévu et dépasser les paramètres de plongée qui devaient être les siens. L'accident de décompression guette, d'autant plus qu'effectuer une remontée lente en fin de plongée avec un scooter n'est pas chose facile. Pour un débutant dans l'utilisation des propulseurs, on conseillera donc des plongées bien en deçà de la courbe de sécurité et à des profondeurs ne dépassant pas 20 mètres. Les phases de descente initiale et de remontée finale se déroulant de préférence à la palme, propulseur à la main.
Avec l'expérience, le plongeur expérimenté pourra utiliser sa machine infernale dans le but d'aller déranger les poissons situés plus profond.
Comme les Vespa terrestres, le " scooter " sous-marin peut nécessiter le port du casque, en particulier pour les plongeurs spéléo, afin de se protéger des chocs accidentels. Autre point commun : le froid. Le plongeur fait peu de mouvements et est en contact avec beaucoup d'eau, sans cesse renouvelée. La protection isothermique est par conséquent un point à considérer, même en zone tropicale.
Enfin le matériel de plongée doit être bien fixé afin d'éviter tout contact avec l'hélice. La vitesse peut également gêner le plongeur, en mettant son détendeur ou son Octopus en débit continu ou en délogeant son masque, s'il tourne la tête ou porte le tuba accroché au masque.
Le lestage est un élément important à considérer, afin d'être en flottabilité nulle sans avoir à gonfler son gilet et se retrouver avec une résistance importante.

L'adaptation à la plongée au propulseur et à son enseignement

Le premier problème auquel on est souvent confronté au début, c'est celui de l'encombrement de ces machines. La sortie de l'eau est encore plus difficile que la mise à l'eau. De nouveaux problèmes de flottabilité surgissent, certains propulseurs coulant lorsque l'on souhaite s'arrêter quelques instants, alors que d'autres sont en flottabilité nulle naturellement ou peuvent être mis en flottabilité nulle grâce à du lest et une enveloppe gonflable. Et pourtant, on ne peut pas passer toute sa plongée sur le propulseur, à moins de faire de la recherche d'objet ou de site. On doit pouvoir le poser quelques instants sur le fond, afin de visiter une épave, par exemple, sans qu'il ne remonte, ou en pleine eau sans qu'il ne coule.
Si par mégarde, on lâche l'appareil, il doit obligatoirement être doté d'un système l'obligeant à s'arrêter. Ce dispositif impose souvent au plongeur d'être crispé sur un bouton ou une manette, ce qui fatigue rapidement la main. Alors revient le temps du bricolage à l'aide de ruban adhésif ou de sangle, annihilant par la même occasion toute idée de sécurité.

Ce type de plongée impose une planification différente des plongées normales.
Les intervalles surface doivent être assez longs pour pouvoir recharger les batteries. A moins de ne programmer qu'une seule plongée par jour, mais une plongée assez longue, durant laquelle on visite plusieurs sites situés à distances raisonnables.
On peut moins improviser sa plongée car il faut calculer son autonomie, au risque sinon, de devoir revenir à la palme. Aussi fatiguant que ridicule, lorsque l'on traîne avec soi un scooter. Un petit parachute dans la poche du gilet permet alors de remonter sans effort. N'oubliez pas également de commencer la plongée contre le courant, afin que le retour soit plus facile.
Pour la même raison, les techniques d'orientation sont primordiales, car on a vite fait de s'éloigner considérablement du bateau ou du point de mise à l'eau. Les sorties dans les rochers sont loin d'être faciles avec un engin qui pèse entre 10 et 30 kg suivant les modèles. Mieux vaut revenir à un point de sortie préparé, là où vous attend un bout muni d'un mousqueton qui vous permet d'accrocher le scooter afin de le hisser (ou de le faire hisser) d'en haut.
Et quitte à placer un bout, autant en mettre deux, car l'idéal c'est de plonger en binôme, chacun ayant son propre propulseur. C'est plus confortable et nettement plus rapide que d'essayer de partager un scooter à deux. Suivant les modèles, certains engins n'arrivent même pas à tracter raisonnablement deux plongeurs équipés.
Pour en profiter pleinement, autant avoir chacun le sien. La sensation de liberté est totale, voire même un peu trop, si l'un des appareils est beaucoup plus rapide que l'autre. Essayez de choisir deux modèles similaires ou au-moins dont on puisse régler la vitesse. Cela évite de se perdre trop souvent.

Enfin les risques liés au propulseur, en dehors des problèmes d'orientation, réside dans la facilité à descendre et à remonter rapidement. La solution consiste à fixer un profondimètre bien lisible sur le dessus. Car difficile de regarder son profondimètre au poignet, tout en pilotant à toute vitesse cet engin de mort. Un contrôle régulier sur la profondeur permettra d'éviter de dépasser les paramètres de plongée prévus, voire de prévenir tout risque de barotraumatisme.

Chaque appareil doit impérativement être étanche et le rester toute la plongée. Comme d'habitude, cette étanchéité est assurée par un joint torique que l'on doit vérifier à la fermeture, après la charge des batteries. Pensez également à vérifier la présence d'éventuelles bulles lors de la mise à l'eau. Un propulseur coûte suffisamment cher pour qu'on lui consacre quelques instants. Il a également une profondeur limite à ne pas dépasser, en fonction de la résistance et de l'épaisseur du matériau utilisé (plastique, fibre de verre ou aluminium).

 

Les différents modèles existant :

Apollo/Dacor .
L'AV-1 de chez Apollo (appelé aussi Dacor Seasprint) est vraisemblablement le scooter le plus connu des plongeurs. Sa silhouette est connue de tous. On y trouve quelques accessoires intéressants, en particulier des fixations pour des éclairages, ainsi qu'un gilet de compensation de flottabilité afin de pouvoir laisser le scooter entre deux eaux ou posé au fond. Les performances indiquées sont : autonomie de 25 à 90 minutes suivant la vitesse choisie, profondeur maximale 50 mètres. Pas d'indicateur d'état de charge pour la batterie.

Oceanic.
Chez Oceanic, fabricant américain peu connu en France, le scooter s'appelle Mako. Sa grande particularité est d'avoir une hélice à neuf positions, ce qui permet d'adapter la vitesse et l'autonomie en fonction des besoins.

Cela permet également d'ajuster sa vitesse à celle du scooter de son binôme. Le Mako est doté d'un indicateur de charge de batterie et son temps de charge n'est pas trop long. Il est en plus équipé d'un contacteur sur chaque poignée, ce qui permet de se reposer une main tout en continuant à avancer.
Le constructeur lui donne les performances suivantes : vitesse entre 2,2 et 4,5 km/h, autonomie entre 40 et 120 minutes, ce qui permet de l'utiliser sur plusieurs plongées sans recharger.

 

Scubapro.
Doté d'un look résolument Batman, le scooter sous-marin proposé par Scubapro s'appelle le Super Sea Shuttle 97. L'hélice est placée très bas, sous le scooter en ABS, ce qui le rend assez confortable en surface ou sous l'eau. Le fabricant donne au Bat-scooter les performance suivante : Profondeur maximale 60 m, vitesse 3,5 km/h, autonomie 40 minutes.


Maxx Stealth.

Encore un produit typiquement américain que ce scooter très solide aux formes étranges. Il est doté d'un ballast (compartiment à lest) afin de l'utiliser sous l'eau ou pour du snorkeling. L'hélice est placé sous le scooter, loin du plongeur, ce qui le rend confortable sous l'eau mais très encombrant sur terre. Ses performances : entre 45 et 80 minutes d'autonomie.

Farallon.

Voilà le grand modèle. Tout en lui sent la solidité et la puissance. C'est sans doute pour cela que l'on trouve le Farallon dans diverses armées et dans la plupart des expéditions spéléo, malgré son prix assez élevé. Disponible en deux versions, Mark 7 ou 8, le Farallon possède tout ce dont l'on peut rêver : indicateur de consommation, alarmes lumineuses, réglage de vitesse électronique, et en option, on peut même coupler deux Farallon afin de transporter quatre plongeurs ! ! !

L'importateur indique comme performance : vitesse entre 4,4 et 5,3 km/h, profondeur maxi 120 mètres, autonomie entre 50 et 80 minutes. Une seule ombre au tableau, son poids : entre 23 et 29 kg. Difficile à transporter seul.

Les modèles hors normes :

La chaise à porteur.
C'est l'impression que donne Bob au premier regard. On est assis, la tête à l'intérieur d'une bulle. Cela ne va pas vite ni profond mais l'avantage, c'est que l'on respire dans la bulle grâce à une bouteille fixée sur le Bob. Bob veut dire Bulle d'Observation et de Bien-être. C'est plus un engin de promenade à quelques mètres (12 maxi) qu'un réel scooter sous-marin. Mais c'est malgré le prix, un engin assez amusant dont l'autonomie est annoncée à 50 minutes.
Le Bull Dozer.
Lorsque l'on fait de la plongée spéléo son credo, l'idéal est d'avoir un engin puissant et passe-partout. C'est ce qu'ont voulu concevoir l'équipe du WKPP en collaboration avec Brownie's Third Lung, un fabricant américain. Sur la base d'un scooter standard, des améliorations ont été apportées, autant sur la partie propulsion que sur l'aspect extérieur. Certains acheteurs se plaignent de problèmes répétés.

Le vélo.
Lorsqu'un ancien officier de la Marine, plongeur de surcroît, conçoit un scooter sous-marin, cela ne pouvait être qu'un engin à propulsion humaine. Conçu au départ pour se promener en surface, cet engin à pédale permet aussi au plongeur, à condition qu'il enlève ses palmes, de se déplacer sous l'eau. Selon son concepteur, il va aussi vite qu'un scooter électrique et n'a pas besoin d'être rechargé. Le défi est lancé et un prochain essai devrait permettre de vérifier cette affirmation.

La moto.
L'Hydropeeder K10 a tout de la moto sous-marine que l'on chevauche comme une routière japonaise, couché à l'abri d'un plexiglas. Les deux moteurs sont contrôlés aux pieds et la bouteille de plongée ne se porte plus sur le dos, afin d'améliorer l'hydrodynamisme. Un modèle qui ravit les amateurs de vitesse et de futurisme, mais uniquement les amateurs fortunés…

 

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