Plongée profonde aux USA : un business ? |
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Par Cédric Verdier
La vague de la plongée Tek pratiquée par des plongeurs loisirs vient des USA - Là-bas c'est même une industrie basée sur l'utilisation de divers matériels et mélanges gazeux - Visite guidée de l'industrie de la plongée profonde.
La plongée profonde, c'est à dire en dessous de 40 mètres (parfois bien en dessous...) n'a vraiment pris son essor aux USA que suite aux différentes tentatives, parfois réussies et parfois tragiquement ratées, de battre le record de l'homme le plus profond à l'air ou aux mélanges, en scaphandre autonome. Forts de ces records réalisés tant en mer, en lac qu'en grotte depuis les années 60, certains précurseurs se sont intéressés à la façon d'utiliser des techniques issues de la plongée spéléo et de la plongée professionnelle à des fins purement loisir. En effet aux Etats Unis, comme dans beaucoup d'endroits, certains sites de plongées et certaines épaves ne peuvent être visitées par la majorité des plongeurs à l'air. C'est par exemple le cas des épaves situés dans certains grands lacs du Nord, de certains sites en Floride, aux Bahamas ou aux Antilles américaines. C'est aussi l'exemple fameux de l'Andrea Doria, long de plus de 200 mètres et coulé par 75 mètres de fond suite à une collision il y a 30 ans. Depuis, ce paquebot mythique fait l'objet d'un trafic régulier de bateaux de plongée venus faire visiter cette épave à des plongeurs expérimentés.
Depuis les années 60, cette industrie de la plongée profonde s'est considérablement organisée. Un peu partout, en particulier en Floride et en Californie et dans les Etats de l'Est, les centres de plongée et les bateaux de charter se sont adaptés à cette demande croissante des plongeurs d'accéder à des sites et des épaves plus profonds. Des centres se sont même spécialisés dans ce type de prestation, que ce soit à Fort Lauderdale en Floride ou à Nashville dans le Tennessee. Ils proposent à des plongeurs expérimentés des formations spécialisées et des prestations basées sur l'utilisation d'un matériel suffisamment complet pour garantir une réelle autonomie des plongeurs en cas de problèmes. Ces plongées sont proposées à l'air jusqu'à une certaine profondeur, le Trimix (Oxygène - Hélium - Azote) prenant ensuite le relais pour garantir la parfaite lucidité au fond des pratiquants. C'est ce qui explique que certains bateaux sont réservés aux plongeurs profonds lourdement harnachés (Bi sur le dos, bouteilles de mélanges sur les côtés, accessoires de sécurité un peu partout ailleurs). Il faut dire que ces plongeurs ont besoin de place, de calme et de temps pour s'équiper. Les sites de plongée sont généralement différents et les autres plongeurs n'apprécient guère le temps considérable que ces Tekkies passent sous l'eau à cause de leur décompression. Ce qui explique que toute une activité parallèle se développe dans les centres de plongée.
Mais l'exemple le plus caractéristique est certainement celui de 40 Fathom Grotto. Alors que les plongeurs sont plutôt attirés par les eaux claires et tropicales de l'Atlantique, Hal Watts propose des plongées profondes dans une eau sombre en plein milieu des forêts humides et touffues de Floride. Là, au bord d'un trou descendant à 75 mètres, une infrastructure sur pontons a été conçu pour accueillir l'amateur de plongée profonde. Hal Watts fut recordman de plongée profonde à l'air (inscrit au Guiness Book en 63 et en 67) pour des plongées dont la plus profonde se situe aux alentours de 115 mètres, et il détient toujours le record de plongée profonde à l'air en grotte, qui est de 127 mètres.
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Conscient des risques qu'il a couru, il raconte avec un sourire superbe et une nonchalance de cow-boy qu'"à cette époque là, il n'y avait pas de tables à l'air aussi profonde. La solution a donc été de mettre des souris blanches dans un petit caisson et de construire des tables. Le profil choisi a été celui donnant le moins d'accidents chez les souris...". Mais dans les années 60, le matériel de plongée profonde était bien loin de ce qu'il est maintenant. "Pour descendre, j'utilisais un parpaing que je pouvais larguer au fond, et pour contrôler ma flottabilité, une bouteille plastique que je remplissais d'air ou d'eau".
Hal Watts a su s'adapter aux différents changements qui ont eu lieu en plongée et lorsqu'en 1987 il achète 40 Fathom Grotto, ce n'est qu'une cavité perdue au milieu de nulle part dans laquelle il va plonger régulièrement depuis des années avec un groupe de copains, à la découverte des diverses épaves de voitures volées qui la tapissent. Il décide d'y ouvrir une structure permanente où les plongeurs Tek peuvent y pratiquer tous les types de plongée qu'ils désirent, aussi bien spéléo, Trimix que profonde à l'air. Il y installe donc 3 Instructeurs qui permettent au centre d'être ouvert toute l'année et d'y accueillir parfois jusqu'à 100 plongeurs dans une journée.
"Tous les plongeurs sont encadrés par les Instructeurs qui viennent ici avec eux. Nous avons en moyenne 40 % d'étrangers venant d'un peu partout dans le monde, mais surtout d'Europe". Puisqu'aucune organisation de plongée ne voulait le suivre dans ses formations de plongée profonde à l'air, Hal Watts créa également en 1987 sa propre organisation, PSA (Professional Scuba Association), qui lui permet de proposer divers cursus de formation s'échelonnant suivant six niveaux de profondeur à l'air (de 30 à 73 mètres et plus). Mais pour faire venir même les détracteurs de la plongée profonde à l'air, Hal a installé toute une station de gonflage Trimix et propose sur place un magasin spécialisé et la location des équipements les plus divers, dévidoirs, phares et même petites bouteilles d'Argon pour gonfler sa combinaison étanche et rester au chaud.
Autre figure de la plongée profonde aux Etats Unis, Joe Odom est le Directeur de la Formation de TDI, l'une des principales organisations de plongée Tek dans le monde. Compagnon de plongée de Bret Gilliam, autre ex-recordman de plongée profonde à l'air, Joe Odom est un plongeur spéléo à la base. Bien que son cœur batte avant tout pour le moindre siphon à explorer, l'activité principale de Joe se situe au niveau de la formation. Tout comme un certain nombre de ses collègues aux USA, il travaille comme indépendant pour former des plongeurs et des Instructeurs aux différentes formes de plongée Tek. Son travail l'a mené dans des endroits aussi variés que Truk Lagoon, le Mexique, Hong Kong ou le Moyen-Orient.
Cette expérience lui sert à concevoir les divers programmes pédagogiques de TDI. Pour lui "la croissance de l'industrie de la plongée Tek est lente mais continue. Avec l'accélération des technologies, il y a une bien meilleure acceptation de la plongée Tek en général, tout comme cela a été le cas de la plongée Nitrox il y a quelques années. NAUI lance même maintenant ses propres programmes de plongée Tek et Trimix. Alors tous les espoirs sont permis". Mais depuis plus de 25 ans qu'il gravite dans le milieu de la plongée spécialisée, le grand espoir de Joe réside dans les recycleurs. "Bien qu'ils ne remplaceront sans doute jamais le scaphandre autonome à cause de l'entretien nécessaire, les recycleurs donnent un second souffle à l'industrie de la plongée. Aux Bahamas, un centre de plongée a quatre Dolphin Dräger en location. Le prix de la plongée est alors de 100 US$. C'est vraiment autre chose".
Mais un ombre plane sur les Tekkies américains. En effet jusqu'à maintenant, les employés des centres de plongée, autrement dit les Instructeurs, ne subissaient pas les règles particulièrement contraignantes de la plongée professionnelle. Le gouvernement admettait par là que l'industrie de la plongée étaient capable d'auto-contrôle et était en mesure d'éviter les accidents. Mais depuis quelques temps, suite à la demande officielle de dérogation d'un centre de plongée assisté de diverses sociétés, l'industrie de la plongée a peur que le gouvernement ne veuille se pencher un peu plus sur le problème de la plongée loisir.
Il faut savoir que la réglementation de la plongée professionnelle, établie par l'OSHA (Occupational Safety and Health Administration), un peu l'équivalent du Ministère du Travail, serait assez contraignante pour des centres de plongée loisir, notamment en ce qui concerne la présence d'un caisson sur place lors de plongées avec palier, à plus de 40 mètres, ou avec des mélanges autres que l'air. Les recycleurs ne sont oubliés et les caractéristiques figurant dans la demande de dérogation, pourraient bien poser un certain nombre de problèmes à leurs fabricants. C'est ce qui a engendré, lors du DEMA cette année, la création d'un groupe de travail auto-baptisé le " User Group ". Son président, le très flegmatique Richard Nordstroem, également P-DG de Cis Lunar a exposé, non sans humour, son objectif : "Il faut non pas se battre contre cette réglementation, mais plutôt faire comprendre à l'OSHA qu'elle est très inadaptée à notre industrie du loisir. Nous sommes un peu des combattants des droits de l'homme et de la libre entreprise".
Même si ce voile temporaire assombrit l'optimisme des différents intervenants de la plongée profonde aux USA, cette industrie encore marginale dans le domaine de la plongée loisir semble malgré tout en pleine expansion. Les ventes de magazines spécialisés sur la plongée Tek augmentent, tout comme le nombre de brevets délivrés par les organismes de formation. Les fabricants de matériel de plongée, après avoir tous sorti des produits adaptés au Nitrox, commencent maintenant à s'intéresser aux développements futurs de cette activité qui capte l'intérêt des plongeurs dans leur ensemble. Et c'est toute la plongée en général qui profite du dynamisme économique de ce qui n'était au départ qu'une poignée d'amateurs enthousiastes.(Paru dans Plongée Magazine)