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Par Cédric Verdier
La planification d'une plongée Trimix
Pour un plongeur à l'air, la planification d'une plongée se résume souvent à demander la profondeur maximale du site qui va être exploré. La suite de cette planification est quasi implicite : on descend, on visite, on s'oriente de façon à revenir et à commencer la remontée avec une réserve d'air qu'une règle ancestrale a situé aux alentours de 50 bar. La gestion de l'air et du temps sont instinctives et souples, adaptées avec plus ou moins de bonheur aux circonstances et à l'intérêt du site rencontré. Quand à la phase de décompression, le Timer et les tables, ou plus facilement l'ordinateur de plongée, s'en chargent et déterminer le temps éventuel à passer à la remontée et aux paliers. Tout cela est simple, très rapide, utilisé depuis longtemps par la majorité des plongeurs, enseigné dans la plupart des formations, et le plus souvent adapté correctement aux conditions de plongée et au niveau des plongeurs.
Il y a bien parfois quelques pannes d'air, mais une bouteille au pendeur sous le bateau, ou au pire, le détendeur de secours de son binôme, permettent généralement de venir à bout de cette planification sommaire.Mais les choses sont différentes lorsque l'on parle de plongées durant lesquelles on doit gérer plusieurs gaz.
D'abord il faut déterminer quels sont les gaz à emporter : si la plongée se situe à plus de 60 mètres de fond, et donc plus accessible à l'air, il faut se tourner vers des mélanges plus ésotériques. Les seuls réellement à portée du plongeur loisir sont à base d'Hélium, qui permet de diminuer la quantité d'oxygène (risque d'hyperoxie) et celle d'azote (problèmes de narcose). Les mélanges utilisés sont, suivant les écoles et les spécialistes, le Trimix (Oxygène-Hélium-Azote) et l'Héliox (Oxygène-Hélium). L'utilisation nécessite une formation adaptée mais pas obligatoirement les moyens de la Marine Nationale ou d'une entreprise de travaux sous-marins.
Ce gaz que l'on utilisera au fond, n'est pas toujours respirable en surface et surtout ne permet pas d'optimiser la phase de décompression. On doit donc utiliser en plus d'autres gaz, généralement des Nitrox très suroxygénés, voire de l'oxygène pur, afin d'accélérer les paliers, tout en tenant compte des profondeurs maximales d'emploi de ces différents gaz. Tout cela requiert une bonne planification et une dose certaine de rigueur.Puis il faut se rendre compte que le stock de gaz est limité et que même si l'on a plusieurs bouteilles avec soi, elles ne contiennent pas toutes la même chose, ce qui rend les possibilités d'échange plutôt limitées. On peut avoir des bouteilles de gaz nécessaires qui attendent à un pendeur ou à un endroit précis, ou prévoir un narguilé qui fournit du gaz au palier, mais il faut alors être sûr de revenir au bon endroit, ce qui est plus pratique en spéléo qu'en mer, lorsqu'il y a du courant
Aussi la règle veut-elle que l'on prévoit une réserve de gaz plus importante, afin de pallier à toute éventualité, et d'emporter cette réserve avec soi. Il faut donc connaître sa consommation de gaz en fonction de l'effort que l'on va fournir, et prévoir un facteur de sécurité supplémentaire, le plus souvent un tiers de stock en plus.Enfin il faut prévoir le déroulement de la décompression. Mais comment calculer cette phase de décompression alors qu'il n'existe que peu de tables prenant en compte plusieurs gaz dans une même plongée, a fortiori si ce gaz est un mélange contenant de l'Hélium ? A moins d'avoir la chance de trouver une table exactement adapté au plan de plongée prévu, le plongeur profond doit aussi se doubler d'un utilisateur de logiciel de planification.
Abyss est jusqu'à présent le seul logiciel de planification en français permettant de prévoir la décompression à l'issue d'une plongée profonde multi-gaz. Depuis l'avènement de la plongée Tek, plusieurs logiciels ont vu le jour, tel que Decom X, Pro Planner, Voyager ou Z-Plan. Tout comme Abyss, beaucoup d'entre eux sont basés sur les travaux du suisse Albert Bühlmann, avec des modifications de paramètres en fonction des circonstances et du plongeur.
Avec de la patience et de la minutie, le plongeur va prévoir chaque étape de sa plongée, chaque changement de gaz, chaque vitesse de remontée afin de connaître exactement la durée de chaque palier à réaliser. Cela se traduit par un plan à la minute près, à suivre scrupuleusement.
Cela n'est guère flexible et, afin de tenir compte de changements éventuels volontaires ou involontaires, Abyss permet également de générer des tables de secours si la profondeur ou le temps prévus sont dépassés.
Pour chaque plongée à effectuer, il faut calculer un profil adapté. Ce profil sera recopié sur une ardoise ou imprimé sur une feuille plastifiée, et emporté sous l'eau.
Très bientôt, selon Chris Parrett, le concepteur d'Abyss, un ordinateur Trimix appelé Explorer sera disponible sur le marché, permettant aux plongeurs de programmer sur leur ordinateur de bureau les mélanges utilisés en plongée et de télécharger ces informations sur l'ordinateur au poignet. Cela permettra de tenir compte des profondeurs et durées réelles de plongée, sans être pénalisé inconsidérément en cas de changement imprévu du profil de plongée.Le développement de la plongée Tek dans le monde donne la possibilité à des fabricants de matériel de plongée, de concevoir des outils de planification qui rendent un peu moins fastidieuse la préparation d'une plongée durant laquelle on respire un mélange à base d'Hélium. Mais la question que l'on est en droit de se poser concerne la validité de ces logiciels de planification. On sait que ces logiciels reposent sur des modèles de décompression issus d'études sérieuses et éprouvées. Mais qu'en est-il de la phase de test concernant des mélanges ternaires et des profils qui diffèrent à chaque plongée ? Peut-on les considérer comme fiable alors que chaque plongeur est un peu le premier à utiliser la procédure de décompression adaptée à sa plongée du moment ?
La plupart des utilisateurs estiment que cette solution est de toute façon " bien mieux que rien du tout " car aucune table réellement adaptée n'existe.
Pour Chris Parrett, " de nombreux facteurs conservatifs ont été ajoutés à l'algorithme de base, ce qui ne peut qu'accroître la sécurité de l'utilisateur ".
Tant qu'aux chiffres publiés en 1998 par DAN, on peut raisonnablement trouver aucun lien significatif entre les rares accidents de décompression lors de plongées Trimix utilisant un quelconque logiciel de planification.
A chacun donc de faire son choix en fonction de ses connaissances et du taux de risque qu'il accepte de prendre.
Légende : Abyss, logiciel pour la planification des plongées aux mélanges