Le Nitrox, la potion magique

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Par Cédric Verdier

 

De plus en plus de gens parlent du Nitrox. Des centres de plongée s'équipent en Belgique, en France ou en Suisse. Des plongeurs reviennent de leurs vacances en Mer Rouge ou aux Maldives, conquis par les avantages de la plongée au Nitrox.

Il est temps de faire un bilan réaliste de ce nouveau type de plongée, d'en analyser l'utilité, mais surtout de savoir s'il s'agit d'un phénomène de mode ou au contraire d'une technique que chacun saura utiliser selon ses besoins.

On entend souvent parler de Nitrox et d'air enrichi. Dans les deux cas, il s'agit de la même chose : un mélange gazeux Azote - Oxygène (En Anglais, Nitrogen + Oxygen = Nitr Ox) contenant une plus grande concentration en Oxygène que l'air. Ce mélange est obtenu par différents moyens artificiels, le plus souvent en ajoutant de l'Oxygène à de l'air ou en diminuant la concentration d'Azote dans de l'air.

Des formations de base sont proposées par les différentes organisations de plongée (PADI, CMAS, NAUI, etc.) mais aussi par des organisations spécialisées dans la plongée technique (IANTD, TDI, ANDI, etc.) Accessibles à des plongeurs déjà brevetés comme plongeur à l'air, elles concernent principalement l'utilisation de Nitrox comprenant entre 22 et 40% d'O2. Des concentrations plus élevées en O2 sont essentiellement utilisées comme gaz de décompression aux paliers et nécessitent une formation complémentaire.

L'avantage principal de l'air enrichi réside dans la plus faible concentration en Azote. Moins d'azote signifie une absorption réduite et donc une désaturation elle aussi réduite. Le plongeur y trouve un certain nombre d'avantages :

Une courbe de sécurité plus longue pour une même profondeur.
Des paliers moins longs pour une même durée de plongée.
Des intervalles surface moins longs.
Des plongées successives plus longues sans paliers.
Une fatigue moins importante que lors de plongées identiques à l'air.


Mais bien sûr, face à ces avantages, on trouve aussi quelques inconvénients :

Des contraintes liées aux problèmes physiologiques et à la toxicité de l'Oxygène.
Des contraintes matérielles quant à la compatibilité à l'oxygène des équipements utilisés.
La nécessité d'un technicien de mélanges compétent et d'une station de gonflage sans reproches.
La contrainte d'une planification de plongée plus poussée, liée en particulier à l'analyse du mélange respiré et du profil de plongée à réaliser.

Concernant les contraintes matérielles précédemment citées, profitons de l'occasion pour combattre quelques idées reçues. Tout d'abord, il n'est nul besoin d'utiliser n matériel spécial Nitrox lorsqu'on emploie un mélange ayant moins de 40% d'Oxygène. Cela est valable pour tout l'équipement individuel à l'exception de l'ordinateur de plongée et de la bouteille. Certains conseillent cependant d'avoir un détendeur spécialement prévu ou modifié à cet effet par un technicien compétent.
En ce qui concerne l'ordinateur, impossible d'utiliser un ordinateur prévu pour la plongée à l'air, si l'on veut calculer sa décompression en respirant du Nitrox. Seuls quelques modèles sont conçus pour la plongée au Nitrox. Il est alors nécessaire d'utiliser soit des tables spéciales soit des tables à l'air en employant une formule de conversion.
Quant à la bouteille, un marquage spécial doit permettre de savoir quel type de gaz elle contient et de s'assurer que le corps de la bouteille et la robinetterie ont été spécialement conçus ou adaptés à cet effet. C'est la raison pour laquelle on trouve de larges autocollants jaunes et verts marqués " Nitrox " ou " Enriched Air " et de plus petits autocollants permettant d'inscrire la composition du mélange contenu dans la bouteille. Cette inscription est d'abord faite par le technicien de mélanges de la station mais est ensuite confirmée par le plongeur lui-même qui, après avoir utilisé un appareil simple permettant la mesure du pourcentage d'O2, signe également un cahier contenant toutes les informations concernant la bouteille.

Autre idée reçue, celle qui consiste à croire que le Nitrox permet de plonger très profond. En réalité, ce type de mélanges gazeux est destiné à des profondeurs inférieures à 40 mètres, en fonction du mélange utilisé. En effet, le principal facteur limitant est la toxicité de l'oxygène, tant au niveau de la pression partielle respirée qu'au niveau de la durée d'exposition. On limite par conséquent la profondeur des plongées effectuées dans la journée, mais on contrôle également la durée des différentes plongées successives. Sans ces précautions élémentaires mais indispensables, le plongeur pourrait être sujet à des crises de type convulsives qui, sous l'eau, peuvent être très graves.
Ces différents éléments constituant la plongée Nitrox sont simples et accessibles à tout plongeur breveté. Ils ne présentent aucune difficulté mais demande un peu de rigueur de la part de celui qui souhaite profiter des avantages du Nitrox. Avec un peu d'entraînement, ces procédures deviennent automatiques et peu contraignantes pour le plongeur. Le prix de la plongée Nitrox est légèrement supérieur à celui d'une plongée à l'air, principalement à cause du gaz utilisé et des investissements nécessaires pour le centre de plongée. Mais ce supplément est parfaitement justifié par l'étendue des avantages et de la sécurité supplémentaire résultant de l'utilisation du Nitrox.

Mais une question demeure : pour quel type de plongée pouvons-nous utiliser le Nitrox ?
Tout d'abord l'air enrichi est particulièrement avantageux pour des plongées dans la zone des 20 - 30 mètres, là où l'on obtient des augmentations significatives des temps de plongée sans paliers. Mais qu'ils s'agissent de plongées en carrière, en lac ou en mer, la température de l'eau ou la protection isothermique utilisée doivent permettre de profiter pleinement de cet accroissement du temps de plongée. C'est donc particulièrement intéressant pour des plongeurs ayant une tâche assez longue à effectuer sous l'eau, comme les photographes, les biologistes ou les archéologues. Le Nitrox est réellement avantageux lorsque le profil de décompression est le facteur qui détermine la fin de la plongée, et non plus la température ou le stock d'air.

De plus si l'eau est vraiment froide, comme c'est parfois le cas dans nos régions, le plongeur peut ajouter un facteur de sécurité important en respirant du Nitrox mais en utilisant un protocole de décompression (table ou ordinateur) basé sur l'air. En effet la décompression est alors calculée en supposant que le plongeur a respiré 79 % d'azote durant la plongée, alors qu'il en a respiré beaucoup moins. La désaturation calculée est par conséquent très conservatrice.
Enfin le Nitrox peut être très appréciable lorsque l'on désire effectuer des plongées successives. C'est le cas en particulier des encadrants et des moniteurs qui effectuent plusieurs immersions pour emmener sous l'eau des plongeurs, et souhaitent réduire les intervalles en surface, les paliers à effectuer et les risques d'accidents de décompression.

Loin du simple phénomène de mode, l'utilisation du Nitrox est en passe de devenir une technique répandue un peu partout dans le monde. Les plongeurs, de plus en plus souvent confrontés à cette technique, en découvrent les avantages et commencent à y porter un réel intérêt. Respirer un mélange enrichi en Oxygène, loin de supplanter la plongée à l'air, présente un certain nombre d'intérêts dans des situations précises et constitue donc une alternative ponctuellement très avantageuse. Vu les contraintes finalement assez réduites pour le plongeur, le Nitrox est donc une solution digne d'intérêt afin de limiter certains risques et certaines limitations liées à l'azote de l'air.
Sans être une véritable révolution dans le monde de la plongée, le Nitrox est néanmoins une technique très utile que chacun peut utiliser en fonction des circonstances.

(Paru dans Plongée Magazine)

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