10 questions à Cédric Verdier
sur le développement du Nitrox en France

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Par Cédric Verdier

 

Collaborateur régulier d'Octopus, Cédric Verdier est également à la tête d'une entreprise réunissant des formateurs spécialisés et dont le but est de fournir différents services aux professionnels de la plongée, allant de la formation de moniteurs au conseil en marketing.
Il est actuellement au centre d'un projet européen permettant à des magasins et des écoles de plongée de proposer le gonflage et la formation à la plongée Nitrox.

En dix questions, voilà selon lui l'avenir de cette activité dans l'Hexagone.


1. Quelle est l'image du Nitrox à l'heure actuelle en France ?
Aux yeux de beaucoup trop de gens, le Nitrox est cher et compliqué. Les gens sont persuadés que le Nitrox est difficile à apprendre, très contraignant et finalement réservé à une minorité. C'est faux ! mais les moniteurs actuellement en exercice, entretiennent cette image et montrent rarement combien cette activité est à la portée de tous. Chacun est formé dans un rituel quasi maçonique, en comité restreint, au prix d'incroyables difficultés. Rien n'est plus loin de ce que cela devrait être : un technique utilisée par la plupart des plongeurs lorsque les circonstances s'y prêtent.


2. Et les professionnels sont-ils prêts à cela ?
Il y a une réelle demande de la part des structures et beaucoup nous ont contacté en ce qui concerne l'installation d'un centre Nitrox. Mais les autres sont toujours persuadés qu'une station de gonflage adaptée pour le Nitrox coûte une fortune qu'ils ne pourront rentabiliser. Encore une fois, l'information passe mal et les clichés ont la vie dure.


3. Est-ce réellement intéressant pour un centre de proposer du Nitrox ?
Oui, sans hésitation. Il est clair que le marché français de la plongée est plutôt morose. Pourquoi? Parce que les structures ont du mal à s'adapter à la demande des plongeurs et à proposer de nouvelles activités en fonction de leurs besoins. Le plongeur découvre le Nitrox durant ses voyages en Mer Rouge et ne comprend pas que cela ne soit pas disponible en France, là où les structures d'accueil devraient être sérieuses et polyvalentes. Il cherche une formation et ne trouve que quelques offres généralement estampillées "Top Secret". Quant au matériel de plongée Tek, il est très performant et pourrait facilement séduire bon nombre de plongeurs, même hors de ce contexte.


4. Mais quels sont les avantages de la plongée au Nitrox ?
Il s'agit avant tout de confort et de plaisir. Rappelons que le but de la plongée, c'est de découvrir les fonds sous-marins. Si on peut les explorer plus longtemps, en diminuant les risques et la fatigue liés à l'azote, ce n'en est que mieux.


5. Et ses inconvénients ?
Ils sont limités par rapport aux avantages, mais ils existent car rien n'est parfait. Ils sont liés à l'oxygène présent en plus grande quantité dans le mélange respiré. La profondeur est par conséquent limité et le matériel doit être irréprochable. On contrôle soi-même le mélange d'Oxygène dans sa bouteille, l'affaire d'une minute. Et c'est un peu plus de planification avant la plongée. Cela n'a donc rien de très contraignant.


6. Qui peut utiliser du Nitrox ?
Tout plongeur peut être en mesure de plonger en respirant du Nitrox plutôt que de l'air, mais une formation et un minimum de rigueur sont nécessaires. Les formations doivent être courtes, plaisantes et accessibles à tous. On doit pouvoir les suivre dans la plupart des écoles et des magasins de plongée. C'est ce qui se passe au Royaume-Uni par exemple, où la plongée Nitrox représente plus 20 % du chiffre d'affaires du secteur économique de la plongée.


7. Est-ce adapté aux plongées en France ?
Bien sûr, comme partout ailleurs. Aussi bien sur le bassin Atlantique qu'au bord de la Méditerranée ou dans les lacs. Cependant toutes les plongées ne sont pas réalisables au Nitrox. D'abord, il y a des limites de profondeur à respecter, mais il y a déjà une réglementation à ce sujet pour la plongée à l'air.
Et malgré ce que l'on veut bien dire, il n'y a pas tant de plongeurs suicidaires qui descendent très profond dans des conditions de sécurité parfois aléatoires… Ces gens là pourraient même utiliser du Nitrox pour leurs paliers, ce qui augmenterait sérieusement leur marge de sécurité, souvent dangereusement réduite.
Enfin l'aspect financier est un faux problème. Une plongée Nitrox coûte légèrement plus chère. Mais on en tire plus de satisfactions, en restant plus longtemps sans palier et en augmentant sa sécurité. Et le plaisir de sortir d'une plongée en pleine forme, sans stress et sans mal de tête, vaut certainement quelques francs de plus.


8. Alors que faut-il aux structures pour commencer ?
De l'aide et un peu de bonne volonté. Plusieurs volets sont à prendre en considération : l'installation de gonflage et d'analyse des mélanges, la formation des encadrants et des enseignants, celle des techniciens d'entretien et de gonflage, les assurances, la réglementation, la commercialisation du Nitrox, le choix du matériel de plongée Nitrox pour la vente et la location, et l'approvisionnement en gaz. Autant d'aspects que le gérant d'un magasin ou d'un centre n'a pas le temps et la possibilité d'approfondir suffisamment pour faire les bons choix et les investissements les plus avantageux. C'est pour cela que nous proposons un package " clé en main " complet comprenant ces différents éléments. En moins d'une semaine d'installation et de formation, et pour une formule de base à moins de 20 000 FHT, une structure se dote d'une capacité d'accueil, d'encadrement, de conseil et d'enseignement en matière de Nitrox. C'est ce que recherchent actuellement beaucoup de centres qui veulent évoluer vers de nouveaux produits.


9. Alors l'avenir du Nitrox est plutôt positif?
A l'instar d'autres pays européens ou outre-Atlantique, la France a un réel potentiel pour le développement du Nitrox. Cet engouement pour la " potion magique " se traduit déjà par l'intérêt que porte la presse spécialisée à ce type de plongée. Le Nitrox doit dépasser cette première impression qu'ont les plongeurs, d'une activité marginale et directement issue de l'esprit Nageur de combat. C'est vrai que cette image a longtemps collée à la peau de la plongée loisirs en général, mais le Nitrox, c'est aussi de la plongée loisirs. Le " ça, c'est pas un truc pour les nanas ! " doit être maintenant rangé dans les tiroirs du passé. Il ne s'agit pas d'une activité de pointe telle que celles que pratiquent les plongeurs spéléo aux mélanges ternaires. C'est l'activité de Monsieur Tout-le-monde. C'est même une des solutions pour dynamiser la plongée en France.


10. Et en ce qui concerne la plongée Tek en général ?
Octopus magazine en est l'exemple. Les gens s'informent de plus en plus sur les nouveaux appareils commercialisés. Les recycleurs sont en passe de devenir quelque chose d'accessible au commun des plongeurs, en terme d'utilisation et de prix. C'est grâce à l'attrait de la plongée Tek aux U.S.A.
Dans l'industrie automobile, les progrès réalisés en Formule Un permettent d'améliorer les véhicules de tous les jours. De la même manière, la plongée Tek et ses aficionados font évoluer le matériel et les techniques de plongée. Il faut que la plongée évolue constamment pour rester un loisir qui passionne de plus en plus de gens. Chaque plongeur doit pouvoir s'identifier à un modèle ou une " tribu " par le biais d 'activités sous-marines telles que la photo, la découverte de la faune et de la flore, ou la plongée Tek. Les formations et les structures doivent simplement s'adapter à une réalité économique leur permettant de répondre à ces différentes demandes.

(Paru dans Octopus)

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