Les dangers des épaves profondes

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Par Cédric Verdier

 

On peut s'intéresser à une épave, quelle que soit sa nature, par curiosité, par goût de l'histoire et de l'archéologie, pour la vie marine qu'elle abrite, pour la beauté des photos ou des films que l'on peut y faire et éventuellement pour raisons professionnelles. Depuis le début de l'exploration sous-marine, les plongeurs ont été fascinés par les traces du passé qu'ils pouvaient trouver, reposant à l'abri sous la surface de l'eau.

Avec l'évolution des techniques de plongée et l'avènement de ce qu'on appelle la plongée Tek, les épaves profondes sont devenues plus accessibles. L'utilisation des mélanges gazeux a permis d'explorer des épaves situées dans des zones d'évolution qui restaient du domaine de la " narcose à tous les étages ".

Mais il ne faut pas se bercer de douces illusions. Une épave présente certains dangers bien réels, et la profondeur augmente encore ces risques en ajoutant un facteur critique : le temps.

Voici donc un tour d'horizon des risques les plus fréquents, du matériel et des techniques permettant de diminuer ces risques.

L'emmêlement car certaines épaves en mer se sont vues couvertes avec les années, de nombreux filets de pêche. C'est donc le lieu idéal pour s'emmêler, surtout au niveau de la robinetterie de la bouteille qui semble avoir une prédilection pour tout ce qui est accessoire de pêche. Un couteau bien affûté ou une paire de ciseaux est certainement ce que l'on fait de mieux dans ce cas là. Mais impossible de se démêler si l'on n'agit pas avec calme. Parfois on ne fait que s'emmêler d'avantage en essayant de s'en sortir seul. Le binôme est là pour ça, d'autant qu'en profondeur, le temps passe curieusement plus vite et le stress guette.

La coupure d'une partie du corps, d'une pièce d'équipement, voire d'un tuyau sur une tôle tranchante ou une pointe acérée. On trouve des objets qui peuvent être coupants ou pointus, qu'il s'agisse de tôles rouillées et tranchantes, d'échardes de bois acérées ou de concrétions calcaires abrasives. Chaque mouvement constitue un danger potentiel et se doit d'être fait avec circonspection afin de toucher le moins de choses possibles. Une paire de gants épais se révèle être un outil fort utile pour l'explorateur qui ne sait pas " toucher avec les yeux ". Etre vacciné contre le Tétanos s'avère être également une sage précaution, cela est d'autant plus que la visibilité est réduite.

Le choc du matériel contre une partie dure peut entraîner des problèmes liés à la robinetterie de la bouteille ou au déplacement d'un détendeur à étrier. La configuration du scaphandre doit réduire au maximum les risques d'accrochage des tuyaux ou de perte d'air suite à un choc sur un détendeur. Le matériel doit être suffisamment solide pour encaisser sans trop de dommages les éraflures que provoquent les inévitables frottements contre des parties de l'épave. De plus, certains n'hésitent pas à utiliser un petit casque à la fois pour porter leur lampe et pour se prémunir des chocs à la tête que peut provoquer une variation de flottabilité ou une visibilité réduite dans un environnement sous plafond.

L'incarcération car les passages à l'intérieur d'une épave sont parfois étroits. Une épave a par définition subi les épreuves du temps et cela peut en affaiblir les structures. Attention donc à tout effondrement qui pourrait survenir suite au passage d'un plongeur, d'un coup de palmes ou de bloc. Parfois même, les bulles d'air qui s'échappent du détendeur soulèvent des forces énormes et peuvent faire s'affaisser des parties d'épave. Se retrouver coincé sous un morceau de tôle n'a rien d'amusant et l'aide du binôme, voire même d'un parachute, est alors la bienvenue.

La perte des repères et de la direction de la sortie, lorsqu'on se trouve à l'intérieur d'une épave. Cela peut survenir lorsqu'un plongeur soulève les sédiments du fond ou des parois, ou tout simplement en cas de panne de lampe. Sage précaution : le dévidoirs sert à retrouver son chemin. La pose d'un fil d'Ariane évite de se perdre dans les dédales d'une épave, fut-elle petite, en cas de soulèvement de la vase et baisse de la visibilité. Mais la technique du dévidoir est de celles qui ne s'improvisent pas. Le fil ne doit pas rompre, être coupé par une surface tranchante, tout en étant suffisamment tendu pour ne pas s'emmêler. On ne doit pas se déhaler dessus mais garder malgré tout un contact léger avec. Un travail tout en finesse.
Quant à la lumière, elle limite la peur du noir et permet d'éviter les objets tranchants et de retrouver son chemin. Encore faut-il que l'autonomie soit suffisante pour toute la durée de l'exploration. De plus, avoir une ou plusieurs lampes de secours permet de sortir d'une situation catastrophique de panne de lumière. Dernière précaution : il faut impérativement s'arrêter si l'on s'aperçoit que les bulles font tomber des sédiments accumulés en haut et que la visibilité diminue sérieusement. La règle est de garder une bonne flottabilité à tout moment et de palmer bien horizontalement, avec éventuellement les palmes légèrement plus hautes que la tête. Autre technique : se déhaler avec les bras et ne pas palmer du tout (les gants sont vivement conseillés pour cela).

La panne de gaz, le stock prévu s'avérant être insuffisant pour sortir de l'intérieur d'une épave ou pour effectuer une tâche donnée. Le stock de gaz est primordial lorsque l'accès vertical n'est pas possible à tout moment. Il faut emporter suffisamment de gaz pour pouvoir gérer tous les problèmes seul ou à deux. Cela impose des stocks importants qu'il n'est pas toujours facile de transporter dans des passages étroits et qu'on ne peut laisser à l'extérieur de l'épave que dans des circonstances très précises. Le protocole de gestion des gaz le plus souvent utilisé est la fameuse règle des tiers : un tiers du stock pour le parcours aller, un tiers pour le retour et un tiers de secours.

L'accident de décompression car les épaves profondes sont souvent les plus photogéniques et les mieux conservées, plus à l'abri des effets destructeurs de la houle, du ressac et de l'oxydation. C'est tout particulièrement vrai en Méditerranée où beaucoup d'épaves sont profondes et donc réservées à des plongeurs expérimentées. Alors que les plongeurs souhaitent y passer le plus de temps possible, bien au-delà de la célèbre courbe de sécurité, le respect des paramètres reste pourtant indispensable car les paliers n'accordent que rarement le droit à l'erreur.

La narcose et l'essoufflement liés là aussi à la profondeur et aux efforts fournis par le plongeur. A cela s'ajoute parfois un fort courant qui rend la consommation en gaz à surveiller avec encore plus de vigilance, sans parler des éventuels efforts à fournir au fond pour une tâche à effectuer, ou tout simplement pour regagner le mouillage ou le bout de remontée.

La vie marine prolifère dans les abris naturels que renferme une épave. C'est ce qui fait l'unique charme d'épaves célèbres telles que la " Barge aux congres ". Mais chaque médaille a un revers et la popularité d'un site rend ses habitants très agressifs et très avides de nourriture apportée par les plongeurs. Gare aux doigts ! Evitons donc d'apporter de la nourriture afin de ne pas trop perturber le comportement de la faune locale.

Les trésors que les épaves coulées pendant la guerre peuvent parfois receler. Les munitions, les obus, voire les mines peuvent sembler vieillis et inoffensifs mais la vérité est toute autre. Aussi vaut-il mieux éviter d'y toucher et de les déplacer car même si le mécanisme de mise à feu est devenu inopérant avec le temps, la charge explosive est quant à elle, toujours active. Les unités de Plongeurs Démineurs de la Marine passent une partie de leur temps à la neutralisation de tels engins. Inutile de vouloir faire leur travail !

Malheureusement les statistiques sont formelles et la plongée sur épaves, surtout profondes, est responsable de nombreux accidents. Selon le D.A.N., plus de 10% des accidents mortels de plongée sont directement liés à des épaves profondes, ce que confirment également les chiffres donnés par les organismes anglais. Chaque année sur les côtes méditerranéennes, des plongeurs inexpérimentés paient d'un lourd tribu leur désir d'explorer l'intérieur des épaves profondes, faisant à leurs dépends la Une des quotidiens locaux et obligeant parfois les autorités à interdire temporaires une épave.

Si explorer une épave profonde est une expérience réservée aux plongeurs aguerris, s'aventurer à l'intérieur est une affaire de spécialistes.

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