L'utilisation d'un dévidoir

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Par Cédric Verdier

 

Ariane, jouvencelle crétoise éprise d'un aventurier athénien du nom de Thésée, se servit d'une pelote de fil pour éviter de se perdre dans un labyrinthe abritant un dangereux criminel connu des services de police de l'époque, sous le nom de Minotaure. Une fois le monstre tué, il ne restait plus qu'à commercialiser cette idée simple à l'usage de tous ceux qui s'aventurent dans des couloirs sinueux et mal fléchés.
Quelques millénaires plus tard, le principe fut repris, et amélioré, par les amateurs de plongée spéléo et d'épaves sous-marine. Le dévidoir était né. Armé d'un tel outil, le Petit Poucet ne serait jamais passé à la postérité.

A priori rien de plus simple qu'un dévidoir : une bobine de fil plus ou moins épais et plus ou moins solide, enchâssée dans un cadre métallique ou plastique facilitant sa manipulation.
En réalité, le dévidoir a de multiples usages en plongée, aussi bien au fond que lors de la remontée, non seulement lors de plongées sous plafond mais aussi lorsque la visibilité est limitée ou qu'il y a du courant. Petit tour d'horizon.

L'usage premier : le fil d'Ariane
Les dévidoirs se déclinent en une grande variété de modèles, suivant qu'ils sont fermés, ouverts, ou qu'ils contiennent une plus ou moins grande longueur de fil. Certains servent à dérouler un fil qui servira à retrouver la sortie, d'autres, plus courts, à faire la jonction entre deux fils déjà installés.
En plongée épave, il est rare d'avoir besoin d'un dévidoir de 250 mètres, l'encombrement devenant alors un handicap. Par contre, pour ceux qui souhaitent entrer dans une épave (et en ressortir !), le dévidoir est un accessoire indispensable bien que peu employé. Une coursive, un escalier et quelques coups de palmes soulevant les sédiments suffisent à s'en convaincre. Les quelques secondes nécessaires à sa manipulation valent réellement la peine.

Mais le dévidoir sert également lorsqu'il n'y a pas de plafond mais que la visibilité est réduite. Il sert à rester en contact avec le mouillage au fond et à pouvoir le retrouver sans hésitation en fin de plongée. Il permet d'explorer les alentours sans avoir à se soucier exagérément de l'orientation. Même par visibilité réduite, le plongeur est ainsi en partie libéré d'un souci : celui de s'assurer de remonter au mouillage, retrouvant ainsi une bouteille de secours ou un narguilé.

Un deuxième usage : le parachute de palier
Dès que le plongeur a à effectuer des paliers de décompression, il doit faire face à différents problèmes. L'idéal est bien sûr de remonter le long du mouillage ou d'une bouée mais cela n'est pas toujours facile ou possible. Vient alors la délicate situation du palier en pleine eau :
1. La profondeur d'un palier doit être exacte et constante durant toute sa durée.
2. S'il y a du courant, la dérive peut être si importante qu'il devient nécessaire d'emporter son passeport avec soi…
3. Le trafic des bateaux en surface exige que le plongeur se signale autrement que par ses simples bulles (et que dire de ceux qui utilisent un recycleur).
Dans ces cas là, le parachute de palier est un allié précieux. Pour qu'il soit bien gonflé et qu'il se dresse fièrement en surface, mieux vaut le remplir le plus tôt possible durant la remontée afin que la dilatation de l'air remplisse son office. Cela ajouté au fait que les paliers se font à différentes profondeurs, il devient nécessaire d'avoir un fil le plus long possible, sans pour autant courir le risque de s'emmêler dedans (ce qui permet de ne pas s'ennuyer au palier). La solution réside dans le dévidoir, qui fournit toujours la longueur de fil nécessaire.

Reste le souci de la dérive. Deux techniques sont alors possibles.
1. On accroche l'extrémité du fil d'Ariane à un point fixe au fond (morceaux d'épave, roche pointue, baril de déchets radioactifs, etc…). On remonte alors en déroulant le fil. On contrôle ainsi sa vitesse de remontée et sa profondeur d'immersion, mais on a pas de parachute de signalisation. Une fois arrivé en surface, on découvre avec consternation qu'il ne reste plus qu'à couper le fil d'Ariane utilisé, sans espoir de le récupérer.
2. On fait une boucle avec une petite cordelette (sans valeur, même sentimentale) que l'on accroche sur un point fixe au fond et l'on passe l'extrémité du fil d'Ariane dedans. Puis on accroche normalement le parachute de palier que l'on envoie en surface. Il ne reste plus qu'à dévider progressivement le fil pour se retrouver aux profondeurs de palier désirées. Une fois en surface, on détache le parachute et on enroule l'intégralité du fil sur le dévidoir. Pas de gâchis (sauf la cordelette, restée au fond). Inconvénient : il faut avoir sur le dévidoir, plus du double de la profondeur à laquelle on plonge.
Dans un cas comme dans l'autre, le dévidoir sur un point fixe permet de lutter contre les effets du courant et de ressortir à seulement quelques mètres du point désiré.

Troisième usage : les techniques annexes
Avoir sur soi un bout de longueur réglable peut s'avérer fort utile dans bien des situations. Cela permet par exemple de mesurer assez précisément une distance ou un objet sous l'eau. Pour cela, le mieux est d'avoir gradué le fil d'Ariane au préalable, de 3 mètres en 3 mètres par exemple. Ainsi cela peut aussi servir de point de repère au palier, en cas de défaillance du profondimètre.

Le dévidoir et le parachute peut également être utilisé pour baliser un objet ou une épave que l'on aurait trouvé sous l'eau, afin d'en noter la position exacte une fois de retour en surface.

Autre utilisation : le fil d'Ariane peut servir de longe pour garder le contact avec son binôme si la visibilité est très réduite. On s'en sert alors à la manière d'une laisse réglable pour les chiens.

Une dernière utilisation, moins conventionnelle bien que très efficace, permet de trouver un traitement immédiat contre les binômes (ou les élèves) qui ont tendance à trop palmer et à s'éloigner. Une dizaine de boucles de fil autour des jambes et de la robinetterie et l'apprenti sprinter est calmé pour une dizaine de minutes, le temps pour lui de se démêler. A vous ensuite de lui expliquer en surface que tout cela était accidentel…

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