Buddy Inspiration : le vrai monde du silence

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Par Cédric Verdier

 

Deux plongeurs flottent immobiles autour de la carcasse désarticulée d'un gros hélicoptère de la Royal Navy. La visibilité est loin d'être excellente mais un élément frappe en les regardant : pas de bulles, pas de bruit. Quelques coups de palmes parcimonieux viennent troubler cette immobilité alors que les deux plongeurs longent l'épave. Sur leur dos, les coques jaunes caractéristiques du recycleur à circuit fermé: Buddy Inspiration.

Créé il y a deux ans par le fabricant anglais A.P. Valves et par des spécialistes des recycleurs comme Dave Thompson, le Buddy Inspiration a beaucoup fait parlé de lui. Tout d'abord son prix, qui le place dans une catégorie encore abordable pour ce type d'appareil, contrairement aux appareils américains similaires (Halcyon, Cochran, Prism, CCR 2000) dont les prix ressemblent plus à la dette économique d'un pays du tiers monde qu'au prix d'un produit grand public. Puis sa simplicité de conception et d'emploi, qui en fait un appareil utilisable même par les rares plongeurs qui n'ont pas un prix Nobel de Physique. Enfin son adaptabilité qui permet de l'utiliser en circuit fermé, semi-fermé ou ouvert, avec du Nitrox, de l'Héliox ou du Trimix.
Le succès ne s'est pas fait attendre et près de 250 unités ont déjà été vendues, dont une majorité en Angleterre bien sûr.

Mais les sentiers de la gloire sont parsemés d'embûches et le Buddy Inspiration a aussi fait parlé de lui lors d'un certain nombre d'accidents qui ont coûté ou failli coûter la vie à certains de ses utilisateurs. Conscient de ses responsabilités, le fabricant n'a pas hésité a étudié les causes exactes de ces accidents, a résoudre les problèmes et à durcir sa politique afin d'augmenter la sécurité et réduire les risques.
Ainsi pour acheter une de ces petites merveilles, une formation est obligatoire. Dispensés par les deux organisations représentatives de la plongée Technique, TDI et IANTD, les différents modules de formation correspondant aux diverses utilisations du recycleur, abordent l'apprentissage approfondi de toutes les techniques d'urgence.

Sous des airs de Bi caréné avec Mistral, façon Equipe Cousteau, on découvre dans les entrailles de l'appareil quelques trésors d'ingéniosité. Le cœur de l'appareil, c'est son système électronique redondant : trois capteurs Oxygène et deux affichages indépendants permettent à tout moment de connaître la PPO2 dans le mélange respiré. L'ordinateur Maître contrôle une électrovanne qui maintient en permanence le niveau d'oxygène programmé. Une merveille d'assistance, tout cela étant également contrôlable manuellement afin de suppléer à toute défaillance électronique.

L'intérêt de l'appareil
Grâce à deux bouteilles de 3 litres, l'une d'O2 et l'autre de diluant (Air pour obtenir du Nitrox, Hélium pour de l'Héliox et Trimix pour obtenir….. du Trimix), un individu normal pourrait rester jusqu'à 10 heures sous l'eau, et ce à n'importe quelle profondeur. Bien sûr cela n'est que difficilement réalisable en pratique, mais recycler le gaz expiré permet malgré tout d'être à l'aise en gaz pour plusieurs heures, tout en ayant sur le dos un équipement qui pèse moins lourd qu'un Bi. Le rêve des Tekkies surchargés de bouteilles !

Côté confort
Respirer dans un Buddy Inspiration procure des sensations communes avec les autres recycleurs, en terme de variation de flottabilité (aucune !), de bruit (aucun !), et de température du gaz respiré (chaud !). La facilité d'utilisation est accrue par les deux affichages qui donnent en permanence les valeurs de PPO2 provenant des trois cellules. Mais comme il est indiqué dès le début du manuel d'utilisation : "Si vous ne regardez pas votre PPO2, vous mourrez !". Une entrée en matière qui a le mérite d'être claire.

Côté prise en main
Quelques plongées sont nécessaires pour bien ressentir l'appareil. Pour Martin Parker, son créateur : "Le Buddy Inspiration est comme une créature vivante qui respire à vos côtés. Il faut l'apprivoiser mais garder à l'esprit qu'elle peut être indépendante. Il faut donc toujours la surveiller du coin de l'œil".

Côté technique
L'ensemble est simple, intelligemment pensé et suffisamment performant pour en avoir fait le premier recycleur estampillé CE. Le travail respiratoire à fournir est inférieur aux 3 Joules/litre à -50 mètres à l'air de la norme en question, et tombe bien en dessous de cette valeur lorsqu'il s'agit d'Hélium.
Les faux poumons existent en différentes tailles suivant la morphologie du plongeur, et l'absorption du CO2 expiré se fait à l'aide de 2,5 kg de Sofnolime, soit 3 heures de plongée pour le fabricant, dans les pires conditions d'emploi (basse température). Pour l'électronique embarquée, une double alarme visuelle et sonore avertit lors du dépassement des limites haute et basse de PPO2 (réglées par l'utilisateur ou automatiques). Les deux affichages restent liées par une relation Maître/esclave très sado-maso, l'esclave ne demandant qu'à prendre la place du maître si ce dernier présente des signes de faiblesse.

 

Conclusion
Sans être l'appareil qui ravira petits et grands en plaçant la plongée recycleur à la portée de tous les débutants, le Buddy Inspiration n'en est pas moins un appareil utilisable par un plongeur ayant une bonne connaissance du Nitrox, après une période de formation et de familiarisation. Ensuite vient le moment où l'on profite réellement des charmes de l'appareil : l'autonomie est considérable et le refroidissement bien moins important qu'en circuit ouvert. Malgré le look un peu " Bunker de la dernière rafale " que cela donne de face (les tuyaux, les faux poumons et la bouée sont noirs), le Buddy Inspiration est agréable à plonger. Autre détail important : le recyclage des gaz permet des économies importantes, ce qui particulièrement intéressant avec des gaz chers comme l'Hélium. Bien sûr, d'un autre côté, il y a le prix de l'appareil. Mais quand on aime, on ne compte pas….

 

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