La ventilation artificielle dans l'eau |
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Par Cédric Verdier
Quel est le plongeur confirmé qui, durant sa formation, n'a pas à un moment donné effectuer la remontée d'un plongeur inconscient. On part du principe que l'on trouve un plongeur inconscient au fond et nous voilà embarqué dans une remontée à l'aide des différents moyens à notre disposition : stab, vêtement sec, palmes, etc. On fait bien attention à contrôler la vitesse de remontée, la position de l'inconscient, les paramètres de la plongée, les obstacles pouvant gêner l'arrivée en surface. On s'assure que le sauvetage ne va pas générer un deuxième accident (sur le sauveteur) et l'on prévient les autres plongeurs éventuels. Pas obligatoirement très facile de faire tout cela, mais après quelques essai, on y arrive!
Mais une fois en surface, c'est souvent le flou artistique. Les conseils deviennent plus vagues et surtout, limités à une situation bien précise.
On dit : "une fois en surface, tu le tractes quelques mètres jusqu'à l'échelle du bateau, détendeur en bouche et tu t'arrêtes avant le déséquipement".
Oui mais voilà, le bateau n'est pas toujours juste à côté et parfois il n'existe même pas.
Nous sommes en face d'un plongeur inconscient et quelques gestes très simples permettent de déterminer qu'il est en arrêt ventilatoire. Alors que faire si de longues minutes sont nécessaires pour regagner le bateau ou le bord, ou en attendant que les secours arrivent.
Le but est bien évidemment de sortir le plongeur de l'eau le plus vite possible afin de pouvoir lui donner les premiers soins le plus efficacement possible et d'organiser une évacuation rapide en collaboration avec les services d'urgence.
Mais en attendant cette sortie de l'eau, et plutôt que d'attendre à côté d'un plongeur dont la détresse ventilatoire va créer à très courte échéance des lésions irréparables, pourquoi ne pas effectuer une ventilation artificielle en surface.
D'abord la réflexion...
Face à une telle situation, bien réelle cette fois, l'important est de réfléchir. Dans des circonstances où bien souvent le stress provoque une précipitation peu efficace, quelques secondes pour évaluer la situation peuvent s'avérer très utiles pour prendre les décisions les plus judicieuses. Un arrêt donc, puis une réflexion sur les différents éléments qui composent la situation. Il suffit de répondre à quelques questions, pour déterminer la conduite à tenir :
1. Est-ce que le plongeur ventile ?
Pour le savoir, il n'y a qu'à enlever sa propre cagoule afin d'approcher son oreille de la bouche du plongeur inconscient pour écouter sa ventilation, tout en regardant éventuellement sa poitrine se soulever régulièrement.
2. Où se trouve le point de sortie le plus proche ?
Cela peut être un bateau, un ponton, le rivage, un îlot, ou tout support sur lequel on pourra monter et pratiquer des secours réellement efficaces. Mais hisser seul quelqu'un hors de l'eau peut s'avérer long et difficile si l'on ne connaît pas les techniques appropriées et si le gabarit de la personne est important. De quoi transformer un sauvetage en un combat de catch aquatique.
3. Comment atteindre ce point de sortie le plus rapidement possible ?
S'il s'agit d'un bateau, il est parfois préférable de l'attendre tranquillement mais encore faut-il qu'il y ait quelqu'un à bord et que cette personne ait vu le signal de détresse. C'est le rôle de la personne qui reste à bord, à condition qu'elle existe et qu'elle sache manier l'embarcation. Cela dépend aussi de l'état de la mer et des conditions météo. La solution est donc parfois de nager plutôt que d'attendre.
4. A quel moment vaut-il mieux se déséquiper et déséquiper le plongeur inconscient ?
Si l'on doit nager 300 mètres, on peut déséquiper durant ce parcours en surface, ou à l'issue. Mais plutôt que d'être freiné par tout le matériel, on peut aussi prendre quelques instants pour se débarrasser de tout cela afin de nager ensuite plus rapidement. En gonflant les stabs, seule une partie du matériel sera perdue, en particulier le système de lestage, mais cela est-il si important comparé à la situation ? Par contre, si le bateau se trouve 30 mètres, inutile de perdre du temps. Mieux vaut regagner le bateau et être aidé pour le déséquipement.
5. Quel est le matériel à disposition ?
Il peut s'agir du matériel de secours (oxygène et trousse sur le bateau ou dans la voiture), du matériel de communication (téléphone portable, cabine ou VHF) et du matériel pouvant aider au sauvetage (moyens d'accroître la flottabilité, cordage ou civière pour sortir le plongeur de l'eau) ou au contraire le gêner (lignes de pêche en surface, obstacles à la sortie, échelle peu pratique).
Ensuite l'action...
1. En surface, la première chose à faire est bien sûr de mettre le plongeur en flottabilité positive, en larguant son lest ou en gonflant son stab. Gonfler une combinaison étanche doit se faire très modérément car cela risque d'entraver les voies aériennes du plongeur et de donner une rigidité à ses bras qui ne favorisera guère le déséquipement.
2. Ensuite un rapide bilan des fonctions vitales : il est inconscient, il ventile ou ne ventile pas. Quant à la circulation, elle reste difficile à évaluer à cause du froid et de l'eau qui fripent les doigts et leur font perdre toute sensibilité. Et même si l'on arrivait à prendre le pouls à la carotide, malgré la cagoule, il est de toute façon impossible de faire un massage cardiaque dans l'eau. Alors autant attendre d'être sur terre pour faire cela.
3. Les signes de détresse et l'appel au secours au moyen de cris, de fusées ou d'un sifflet, est particulièrement important. Cela peut permettre de gagner de précieuses minutes grâce à l'aide de personnes extérieures et la préparation du matériel de secours et de l'évacuation. C'est par contre inutile lorsque l'on plonge à deux depuis une petite embarcation ancrée au large, loin de tout bateau.
4. En cas d'arrêt ventilatoire, la ventilation artificielle a fait ses preuves. On libère d'abord les voies aériennes en basculant légèrement la tête en arrière, ce qui se produit presque automatiquement lorsque la personne est sur le dos, le stab bien gonflé. On peut aussi soulever la nuque ou tirer le menton pour arriver au même résultat. Le but est que l'air puisse passer. On a ensuite le choix entre plusieurs techniques :
Le bouche à bouche, identique à celui que l'on pratique sur terre. Une précaution : faire attention à ne pas enfoncer dans l'eau la tête du plongeur à chaque insufflation. Il est préférable d'enlever les masques de plongée afin de pouvoir pincer le nez aisément lors des insufflations.
Le bouche à nez, là aussi identique à ce qui se fait sur terre. Une remarque cependant : à l'issue d'une plongée, l'aspect du nez d'un plongeur n'est pas toujours des plus agréables. Dans ce cas là, le bouche à bouche est peut-être préférable.
Le bouche à tuba. On peut en effet utiliser un tuba pour faire des insufflations dans la bouche du plongeur, à condition que ce tuba n'ait pas un système de purge ! Au lieu d'être sur le côté du plongeur, comme pour le bouche à bouche, on se place derrière lui. Le masque et le tuba du plongeur toujours en place, une main sur chaque extrémité du tuba pour être sûr que tout est bien en place et étanche. Attention aussi à ne pas plonger l'extrémité du tuba dans l'eau, sinon c'est la tasse pour plongeur inconscient. Cette technique demande un entraînement régulier pour pouvoir être réalisée correctement .
Le bouche à masque de poche. Il existe de petits masques d'insufflation qui vont dans l'eau et tiennent dans la poche d'un stab. Les plus utilisés sont fabriqués par Laerdel. Grâce à eux, on peut facilement effectuer en même temps bouche à bouche et bouche à nez, le tout efficacement et dans une position très confortable. La seule contrainte : avoir ce masque en permanence dans la poche du stab.
Concernant ces techniques de ventilation artificielle, une devise : Régularité et Protection. Régularité car les insufflations doivent être répétées à raison d'une toutes les cinq secondes. Si cette durée est dépassée, il suffit de refaire deux insufflations lentes et profondes comme on l'avait fait au début de la ventilation artificielle. Protection car il n'est pas question que de l'eau entre dans les voies aériennes du plongeur. Par mer calme, pas de problème. Mais si les conditions en surface se dégradent, il devient nécessaire de protéger la bouche et le nez du plongeur avec la main, entre les insufflations. Mais la solution idéale reste le masque de poche, assez étanche car maintenu en place sur le visage par un petit élastique ou par les mains du sauveteur.
5. Enfin, que l'on choisisse de tracter le plongeur ou de le déséquiper d'abord, la ventilation artificielle ne doit pas être interrompu. Il s'agit donc de profiter des quelques secondes entre chaque insufflation, pour nager ou pour enlever une à une les différentes parties de l'équipement du plongeur mais aussi de notre propre équipement qui risque d'entraver nos mouvements. Cela prend quelques minutes car il faut faire cela sans précipitation pour être efficace et ne pas interrompre la séquence d'insufflations. Une sorte de Strip Tease qui s'arrêterait à la combinaison. Pour maîtriser cette technique, une formation appropriée est indispensable. Il faut cependant la compléter par un entraînement régulier afin de ne pas " perdre la main " mais aussi essayer différents types de matériel de plongée (combinaison étanche, stab avec ou sans boucles d'épaule, différents systèmes de lestage).
Mais surtout la volonté !
Plutôt donc que d'attendre de l'aide sans rien faire, aide qui parfois peut se faire longtemps attendre, mieux vaut activement prendre en main le sauvetage d'un plongeur inconscient. La technique de la ventilation artificielle est non seulement facilement mise en œuvre par un plongeur n'ayant que peu d'expérience, mais elle permet de lutter activement contre l'aggravation de l'état de la personne. Dès l'arrêt de la ventilation, un compte à rebours se déclenche rendant nécessaire une intervention rapide pour amener de l'oxygène aux tissus de l'organisme, en particulier, le cerveau. Avec un peu d'entraînement, le remède ne sera pas pire que le mal, ce qui valable d'ailleurs pour d'autres phases du sauvetage comme la remontée. Cette technique n'est encore que peu enseignée en France, contrairement à beaucoup d'autres pays. Elle est fatiguante, demande une pratique régulière mais elle fonctionne. Elle constitue donc une solution face à un contexte différent de l'habituel "je remonte juste à côté du bateau où tout le monde est prêt pour m'aider".
Savoir s'adapter à diverses situations est sûrement la meilleure preuve que l'on acquiert de l'expérience en plongée.
(Paru dans Apnéa)