Se jeter à l'eau

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Par Cédric Verdier

 

Profiter de sa plonger est une chose, se mettre à l'eau en est une autre. En effet toute la plongée dépend de cette phase souvent négligée, toujours bâclée. Pourtant c'est elle qui détermine notre état mental et matériel durant tout le reste de notre incursion sous-marine.

Dès notre baptême de plongée, il a bien fallu se rendre à l'évidence : pour pouvoir profiter des merveilles du monde sous-marin, il faut avant toute chose se mettre à l'eau. De nombreuses techniques existent, en fonction du lieu, du matériel emporté et de la condition physique du plongeur. Mais l'important est de ne pas le faire n'importe comment. Un peu trop de témérité, ou une mauvaise évaluation des circonstances et un apprenti Tarzan se retrouve à l'hôpital après une méchante chute. Moins dramatique, une mise à l'eau trop brusque peut nous priver d'une pièce d'équipement mal attachée mais pourtant indispensable (sinon pourquoi l'aurions-nous emporté ?). Enfin un mauvais choix du point de mise à l'eau et c'est l'épuisement en surface, à cause d'un matériel trop lourd ou d'un courant qui semblait anodin. Le stress nous guette alors, et tout le reste de la plongée s'en ressent.


Tout d'abord évaluer.

La mise à l'eau est avant tout une question de réflexion. Calmons nos ardeurs guerrières et notre envie irrépressible de nous jeter à l'eau et prenons quelques instants pour évaluer les conditions et le lieu, malgré la température qui ne cesse d'augmenter dans la combinaison.
Le courant reste l'ennemi du plongeur lourdement chargé ou qui doit attendre en surface que tous ses compagnons de plongée se soient eux aussi jetés à l'eau. Dans ce cas là, un cordage flottant à proximité du point de mise à l'eau permet de se maintenir au même endroit sans effort.
¨ Les vagues constituent un barrage peu agréable à franchir lorsque l'on part du rivage. En bateau, elles présentent également un danger, en particulier lorsqu'elles soulèvent le bateau ou son échelle. Autant ne pas rester à côté.
L'encombrement et la fragilité du matériel emporté, tout comme la condition physique du plongeur, feront envisager une technique de mise à l'eau en douceur, afin de préserver l'intégrité d'un matériel photo précieux ou d'un squelette soumis aux épreuves de l'âge.
Dans tous les cas, réfléchissons avant de suivre inconsidérément le premier kamikaze venu.


Depuis le rivage

Lorsque l'on part d'une plage, inutile d'appliquer sans discernement les conseils du moniteur qui nous répétait inlassablement de mettre ses palmes avant de capeler son scaphandre. Dans ce cas là, on s'exposerait au ridicule d'une démarche à reculons bien mal venue et surtout terriblement difficile. L'idéal est de marcher tranquillement dans l'eau jusqu'à mi cuisse puis de mettre ses palmes, Archimède prenant en charge le poids du scaphandre.

S'il s'agit d'une plage à rouleaux, l'entrée peut s'avérer périlleuse. Le risque est bien entendu de perdre quelque chose. Mieux vaut tenir son masque car cela secoue et perdre son masque à ce moment-là peut s'avérer critique. En cas de rouleaux, la meilleure technique consiste à s'équiper entièrement et, en se tenant à son binôme, à marcher à reculons en s'accroupissant lorsqu'une vague arrive. Puis dès que possible, on se retourne, on s'immerge et on nage le plus vite pour franchir la zone des vagues. En espérant que son binôme a lui aussi réussi à passer. Mais si les vagues sont trop importantes et que vous êtes entourés de surfeurs, mieux vaut renoncer et trouver un site de repli !

Dans une zone rocheuse, il est toujours déconseillé de se mettre à l'eau, surtout à un endroit que l'on connaît mal. Sauter est délicat si ne sait pas quelle profondeur il y a et descendre des rochers avec un scaphandre sur le dos peut se terminer en une glissade digne d'un bobsleigh humain. Prudence donc, car mieux vaut faire quelques mètres de plus à pied pour arriver à un endroit où la mise à l'eau est plus facile. Cela vaut également pour les mises à l'eau d'un quai, d'une plate-forme ou d'un ponton. Tant de choses se cachent sous la surface de l'eau, qu'il est préférable d'avoir repéré les lieux au préalable.


Depuis un bateau

Pour les plus réticents, il est toujours possible de se mettre à l'eau à l'échelle. On descend ainsi en douceur, marche après marche, sans risque de perdre quoi que ce soit ou de se faire mal. C'est bien sûr plus long qu'un saut, et parfois délicat s'il y a un peu de houle. Suivant la condition physique, on peut descendre scaphandre sur le dos ou non, pour ensuite le récupérer en surface.

Une plate-forme à l'arrière d'un bateau est un outil fort pratique pour éviter de se mettre à l'eau en sautant, lorsque le bateau est haut sur l'eau. Assis sur la plate-forme, tout équipé et les jambes pendantes dans l'eau, il suffit d'effectuer un demi-tour en appui sur les bras, pour se laisser descendre en douceur. C'est une méthode employée par les photographes qui peuvent ainsi récupérer sans aide leur appareil, posé à côté d'eux sur la plate-forme.

La technique la plus courante à partir d'un gros bateau est le saut. On en trouve de toutes sortes, suivant l'ardeur du plongeur et son désir secret de participer aux épreuves olympiques de plongeon acrobatique. Pour les plus raisonnables, le saut droit est ce que l'on fait de plus conventionnel. Un pas en avant et le tour est joué. Que l'on regroupe ou non ses jambes avant de toucher la surface, constitue une querelle d'experts qui n'amusent qu'eux. Par contre il est essentiel de vérifier que la zone est libre avant de sauter (le poids d'un plongeur équipé est surprenant !), de maintenir son masque bien en place d'une main, et d'utiliser l'autre pour éviter que les précieux et fragiles instruments ne viennent frapper un objet contondant qui ne leur fera pas de cadeaux. Enfin, pour ceux qui souhaitent se retrouver en surface à l'issue du saut, autant gonfler son gilet au préalable. Sinon la descente peut être rapide…

Pour les amateurs de luxe et pour ceux qui y ont accès, certains bateaux sont équipés d'une plate-forme qui monte et qui descend au grée du bon vouloir de ses utilisateurs. Cet ascenseur du plongeur permet de descendre du bateau tranquillement, sans heurts, et déjà prêt à plonger. Mais le succès est tel qu'il faut attendre son tour pour y accéder. Patience donc…

Pour des embarcations plus petites, mais stables, la bascule arrière est certainement une technique à envisager. Assis le plus à l'extérieur possible sur le bord du bateau, on se laisse tomber en arrière, après avoir vérifié qu'il n'y avait personne en-dessous. Là encore le maintien du masque et des instruments est judicieux si l'on souhaite profiter de sa plongée. Cette technique est à proscrire dans des embarcations très instables, à moins que plusieurs plongeurs ne se mettent simultanément à l'eau des deux côtés du bateaux.

Moins esthétique mais tout aussi efficace, on peut également s'allonger à plat ventre sur le boudin d'un bateau pneumatique, puis se laisser glisser en roulade sur le côté. Cela s'effectue avec ou sans scaphandre sur le dos, en fonction des circonstances.


Avec du matériel supplémentaire

Tout matériel en plus du matériel courant, signifie avantages mais aussi contraintes supplémentaires. Et tous les utilisateurs d'équipements lourds, encombrants ou fragiles le confirmeront : sous l'eau, tout va bien. Le moment délicat, c'est en surface.

Pour le matériel lourd, il peut s'agir d'un scooter, de matériels destinés à un travail sous-marin (cadre, parachutes de relevage, outils, etc.) ou de bouteilles supplémentaires destinés à de la plongée Tek. Dans tous les cas, on évite naturellement les marches d'approche longues et fatiguantes lorsque l'on plonge du bord. Et dès que la hauteur devient un facteur à considérer, l'équilibre se fait précaire. On évite donc de sauter depuis un rocher, un quai ou un bateau assez haut. Ce n'est pas parce ce n'est pas pratique de sauter (au contraire on tombe vite), mais la réception peut être brutale et le matériel lourd se transforme en autant d'éléments susceptibles de provoquer des bleus. L'idéal est donc une des mises à l'eau en douceur énumérée plus haut.

Pour le matériel fragile, généralement lié à la photo ou la vidéo, la règle reste la même : pas de saut avec. Ces flashs délicats, ces caissons si facilement inondables, ces bras articulés qui ne demandent qu'à se désarticuler, n'aiment pas les chocs. Donc de la douceur. Soit on se met à l'eau avec, avec prudence, soit on saute comme un fou, avec l'assurance qu'une personne restée sur le bateau, tendra ensuite ce matériel à son propriétaire, une fois celui-ci remis de ses émotions en surface.

A chacun donc sa mise à l'eau. Mais l'essentiel à retenir, c'est qu'une fois assommé par un rocher, à moitié noyé par les vagues, épuisé par le courant, ruiné par son Nikonos rempli d'eau et affolé par la perte du masque et les mouvements incontrôlables du manomètre qui s'est cassé sous le choc, le plongeur profitera certainement moins de sa plongée. Un peu de prudence et de patience valent certainement la peine.

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