L'enseignement des techniques de propulsion

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Par Cédric Verdier

 

Que de chemin parcouru entre les premiers pas d'un bébé, que l'on regarde avec attendrissement et amusement, et les compétition de 110 mètres haies, qui nous montrent à quel point les hommes ne sont pas nés égaux entre eux. Il en va de même pour le plongeur et ses méthodes de déplacement sous l'eau. Du débutant à l'encadrant, du plongeur loisir au plongeur Tek, les techniques de propulsion sont un des aspects les plus variés et les plus délicats à enseigner. Pourtant, nul doute ! Sans techniques efficaces de propulsion, le plongeur est réduit à l'état de spectateur essoufflé, incapable de se mouvoir sous l'eau selon son bon vouloir. Une mouche à qui l'on aurait coupé les ailes…

Si le but de la plongée est l'exploration du monde sous-marin, celui des techniques de propulsion est de permettre aux plongeurs de se mouvoir avec plus d'aisance, de grâce et de vitesse qu'un scaphandrier " Pieds lourds ". La tâche du moniteur est donc cruciale dans l'apprentissage des différents modes de propulsion, dont les qualités essentielles sont l'efficacité (économie d'énergie et de gaz respirable) et la discrétion (protection de l'environnement et de la visibilité, approche de la faune marine). Les techniques employées par un plongeur spéléo ou sur épave, ne seront pas les mêmes que celles d'un plongeur dont l'évolution sur un tombant n'impose pas les mêmes règles de prudence.


Le palmage ventral traditionnel

Inspiré des battements de pieds du crawl, le mouvement a été adapté pour l'utilisation des palmes. Les battements sont plus amples et les mouvements plus lents, afin que la voilure de la palme puisse révéler l'intégralité de ses performances. Le défaut du débutant est souvent de vouloir palmer trop vite, alors que le secret réside dans le fait d'attendre quelques secondes entre chaque battement, afin de " glisser " au maximum. Un coup de palme ample de la jambe gauche, quelques secondes de glissade, un coup de palme ample de la jambe droite, quelques secondes de glissade et on recommence. Le pas du patineur, version subaquatique ! Pas de précipitation, juste de l'efficacité.
Ce type de palmage, le plus usité chez le plongeur, se décline en plusieurs variantes, sur le côté et sur dos. En surface, cela permet de varier les plaisirs et d'éviter la crampe du mollet, toujours traîtresse et douloureuse. Sous l'eau, le déplacement en marche arrière permet au guide de palanquée de surveiller ses ouailles. A n'utiliser que de manière épisodique si on ne veut pas se cogner contre un obstacle. Mais au dernier DEMA, un fabricant présentait un masque équipé d'un rétroviseur…

Mais le palmage traditionnel n'est pas forcément le plus écologiquement correct. En effet, lorsqu'il est effectué trop proche du fond, la palme se transforme en une arme meurtrière décapitant la moindre gorgone et dévastant les coraux sous-marins façon Attila. Sur terrain meuble, ce palmage soulève d'élégantes volutes de sédiments ou de sable, rendant l'orientation aussi facile que la circulation en voiture dans le brouillard londonien. Une version modifié, palmes orientées vers le haut, bien que plus fatiguante et moins efficace, permet néanmoins d'éviter ces turbulences incongrues.



Le palmage Grenouille

C'est l'un des remèdes au problème précédemment cité, mais les moniteurs ne l'enseignent que rarement, préférant le palmage traditionnel, plus esthétique. Mais personne ne peut juger de la grâce d'un plongeur lorsqu'il est environné de nuages de sédiments !
Le palmage Grenouille, qui confère en effet à son utilisateur, un mode de propulsion proche de celui du batracien dans l'eau, n'est pas sans rappeler les mouvements de jambes de la brasse. " Ciseaux, allongez, rapprochezzzz ! " pourraient crier les moniteurs de plongée, à l'instar des maîtres nageurs. L'intérêt de ce palmage est d'éviter les déplacements d'eau verticaux, pour favoriser les mouvements horizontaux qui ne soulèvent rien sur le fond. C'est donc quelque chose que l'on peut utiliser à l'intérieur d'une épave, si l'on veut être certain d'y conserver une bonne visibilité.
Pour des déplacements sur de très courtes distances, le mouvement peut être réduit à des ciseaux au niveau des chevilles. Bien contrôlée, cette technique est d'une efficacité chirurgicale, permettant même, avec un peu d'entraînement, de reculer ou de se maintenir dans une position précise malgré un léger courant.




Le palmage Dauphin

Après le Phoque, le Canard et la Grenouille, le plongeur s'évertue à imiter gauchement des techniques utilisées par des animaux marins, dans un titre rappelant une fable de La Fontaine. Tentative toute aussi dérisoire avec la technique de propulsion du Dauphin, qui fait osciller l'intégralité du corps dans un mouvement longitudinal, pour se déplacer rapidement. Résultat chez le plongeur : un mouvement moins esthétique et certainement moins rapide, bien qu'assez efficace. Bien adaptée en apnée avec une monopalme, cette technique peut aussi être utilisée en plongée scaphandre mais sur de petites distances. Sinon le mal au dos est garanti !
Là encore, cette technique permet de se déplacer rapidement, de changer de techniques afin d'éviter les crampes, même si les turbulences occasionnées nécessitent de parfaire son orientation sous-marine.


Le rôle du moniteur

Les techniques de propulsion, qui ne sont souvent enseignées que sous la forme de distance de nage à parcourir en surface, en PMT ou en capelé, demanderaient pourtant une réelle réflexion pédagogique. En effet en plongée, l'important, c'est ce qui se passe sous l'eau. Un plongeur qui sait nager 500 mètres en surface en un temps record, sait-il se déplacer avec la grâce et la légèreté d'un danseur ? Sait-il survoler un massif de corail sans en transformer la topographie ? Sait-il alterner les techniques de palmage pour prévenir les crampes et économiser son stock d'air ? Sait-il enfin se maintenir dans une position, faire demi-tour et se déplacer au dessus d'un fond constitués de sédiments aussi légers que la moralité d'un avocat ?
Toutes ces questions sont celles que doit se poser le moniteur qui désire enseigner correctement les techniques de propulsion à un plongeur efficace et correctement équilibré dans l'eau. Sinon référez-vous au numéro 15 d'Octopus : le scooter sous-marin est la solution idéale pour ne pas enseigner les techniques de palmage…

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