Apprendre la bonne position |
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Par Cédric Verdier
Lorsque l'on regarde des requins (mais suivant la taille et le modèle, on ne prend pas toujours le temps de les regarder ), on ne peut qu'être fasciné par leur maintien parfait dans l'eau, immobile, ne se déplaçant qu'avec le minimum de mouvements.
Voir ses élèves se déplacer sans effort, parfaitement stabilisés en pleine eau, voilà sans doute l'un des rêves les plus chers de tout moniteur confronté à l'apprentissage de la plongée sous-marine à des débutants, mais parfois aussi à des plongeurs plus expérimentés.
Car l'une des techniques les plus difficiles à enseigner, réside non seulement dans le contrôle de la flottabilité mais aussi dans l'acquisition d'une bonne position sous l'eau, tant les paramètres sont nombreux et les techniques différentes de ce que l'on peut connaître sur la terre ferme.Tout d'abord, un minimum de théorie est indispensable. L'incontournable Archimède est en effet là pour expliquer l'utilité de la ceinture de lest ou du gilet de stabilisation. Pas besoin de formules ou de calcul : des applications pratiques et des exemples suffisent à comprendre les effets de la variation de volume et de poids.
Mais la théorie sert également à comprendre la respiration et ses effets. Les poumons font varier le volume du corps et influencent la flottabilité. La respiration fait également varier le poids du plongeur, en diminuant le stock d'air disponible dans la bouteille. Moins il y a d'air et plus la bouteille est légère.
Enfin, un peu de théorie permet d'expliquer ce qu'est un objet en équilibre (le plongeur), les différentes forces qui s'appliquent sur lui et leur influence sur sa position (rotation, translation, etc )Et voilà ! Inutile d'aller plus loin dans la théorie car la pratique prend le relais.
1. La quantité de lest
Tout plongeur qui se respecte sait qu'un bon lestage permet de se maintenir confortablement et sans effort lors de l'une des étapes les plus critiques de la plongée : le palier, qu'il soit de sécurité ou de décompression, s'effectue en fin de plongée, alors que le stock de gaz est plutôt bas dans la bouteille, à une profondeur faible, donc ne comprimant que modérément la combinaison. Ces deux facteurs (faible profondeur, modification du poids du gaz transporté) font qu'il n'est pas facile de connaître à l'avance la quantité de lest à emporter, surtout qu'elle varie en fonction du matériel emporté, de la forme physique du moment et de la respiration. Le challenge du moniteur est de trouver un moyen de déterminer approximativement la quantité qui convient à chaque élève. La règle pour cela pourrait être d'effectuer un test de flottabilité de chacun, en surface, bouteille pleine et gilet vide. On ne devrait arriver à couler sans palmer qu'en vidant complètement ses poumons. Une fois cette première pesée effectuée, chaque plongée suivante permet d'affiner la quantité de lest à emporter en fonction des circonstances.
Le lestage doit correspondre également à la profondeur de la plongée prévue, tant le confort même du plongeur va dépendre de l'écrasement de sa combinaison et de l'influence des mouvements de l'eau tels que le ressac ou la houle en surface. Le lestage ne pourra donc pas être le même selon qu'il s'agit d'une plongée profonde durant laquelle il ne sera pas agréable (voire même dangereux à cause de l'essoufflement) d'être trop lourd, ou d'une plongée dans quatre mètres d'eau où la moindre vague en surface viendra déséquilibrer le plongeur.
Puisque nous en sommes aux tests, pourquoi ne pas vérifier la flottabilité des différents matériels utilisés ? En effet, on voit souvent des élèves tentant de se stabiliser, se retrouver les pieds en l'air à cause de la flottabilité excessive des palmes et du Néoprène sur les jambes. Oh surprise, on s'aperçoit que certaines palmes flottent alors que d'autres coulent. Qu'en est-il de celles que nous utilisons ?
Chaque pièce d'équipement influence directement le plongeur sous l'eau : des gants ou une cagoule épaisse et voilà notre plongeur déséquilibré de façon insidieuse et perfide. Sans parler des combinaisons étanches dont les volumes d'air se déplacent sans cesse, un moment dans les pieds et l'autre dans les épaules ou les bras. Inutile de dire que la quantité d'air dans une combinaison étanche doit être limitée au strict nécessaire pour assurer le confort thermique du plongeur, et non se transformer en un gilet de flottabilité à part entière. Chacun son rôle !2. La répartition du lest
On découvre ainsi que pour obtenir une bonne position dans l'eau, il ne suffit pas d'être correctement lesté, mais aussi d'avoir judicieusement réparti le lest sur le plongeur.
N'oublions pas que l'élément le plus lourd sur le plongeur est sa bouteille, surtout si elle est en acier. C'est un gros lest l'entraînant irrémédiablement sur le dos, les fesses en l'air. Comme il s'agit rarement de la position préférée du plongeur, bien que tous les goûts soient dans la nature, le moniteur doit réfléchir au positionnement du lestage afin de contrecarrer cette tendance souvent énervante.Tout a une influence sur la position du corps sous l'eau.
§ Les plombs de la ceinture, s'ils sont placés sur l'avant, redressent le plongeur vers une position plus verticale. Tous d'un même côté ou à l'arrière, et le plongeur virevolte tel un tambour de lave-linge, dès qu'il veut se mettre à plat ventre dans l'eau, nécessitant des coups de palmes et des mouvements de bras pour se redresser. A éviter donc certains modèles de stab avec lest intégré dans lesquels les seules poches de lest se trouvent très en arrière, ce qui peut être pratique avec une bouteille en aluminium qui aurait tendance à flotter en fin de plongée, mais s'avère désagréable avec une bouteille en acier.
§ Des plombs de cheville permettent aux jambes de ne pas se relever. C'est très efficace pour ceux qui ont de grandes jambes couvertes de Néoprène, des chaussons ou des palmes qui flottent beaucoup.
§ Certains fabricants proposent des harnais de lestage qui permettent de positionner le lest là où il est le mieux, en fonction des circonstances. Ce type de harnais peut également s'avérer très utile pour ceux qui ont besoin de beaucoup de lest et finissent pas avoir mal au dos ou au bassin avec une ceinture de plomb traditionnelle. Le lest est bien réparti et soutenu par les épaules. C'est la version subaquatique des cartouchières croisées des révolutionnaires mexicains !
§ Le choix de la bouteille est également un facteur à considérer. Le matériau détermine la flottabilité, le volume agit directement sur le poids, et la position sur le stab influence la répartition des masses et par conséquent la position finale du plongeur dans l'eau. Un mono placé trop bas augmente la tendance à basculer en arrière d'un élève, et qu'il vaut mieux alors remonter la bouteille dans la sangle du stab. Un mono 15 litres lourd (et a fortiori un 18 litres !) est parfois mal tenu par une sangle de stab et à tendance à rouler d'un côté et de l'autre, déséquilibrant d'autant le plongeur. Il ne reste plus alors qu'à trouver un stab mieux conçu pour ce type de bouteille ou à revenir au Bi beaucoup plus stable.
§ D'autres pièces d'équipement sont aussi des éléments de lestage qui n'en portent pas le nom. Les lampes sont souvent des objets lourds dont l'accrochage à une boucle du stab ou au poignet suffit à déséquilibrer le plongeur. C'est encore plus vrai pour un gros phare ou pour un pack de batteries.
§ Le stab en lui-même est prépondérant dans la position de l'élève. Trop large ou mal ajusté, la bouteille se trouve très en arrière et les volumes d'air mal répartis. Pour avoir un bon contrôle de la position dans l'eau, il est indispensable que toutes les sangles du stab soient bien ajustées et que la taille du stab soit la bonne. Inutile de surdimensionner !Le moniteur ne doit donc rien laisser au hasard dans l'équipement de ses élèves, car tout a une influence. Et si certains ont du mal a trouver leur équilibre, il y a certainement d'autres moyens pour les aider que de leur répondre que l'équilibre et les appuis dans l'eau viennent avec l'expérience.
3. La position dans l'eauLe choix de la position dans l'eau dépend essentiellement de l'activité pratiquée et de l'environnement visité. Ainsi, un photographe explorant un tombant souhaitera avoir une position verticale, pieds en bas, alors qu'un plongeur spéléo ou un explorateur d'épave préférera une position à plat, voire les pieds légèrement en l'air afin de ne pas soulever le fond. En fonction de l'activité du plongeur, le moniteur devra donc le conseiller au mieux afin d'obtenir la position voulue grâce à une répartition judicieuse du lestage et du matériel.
Pour cela, il faut travailler sur plusieurs points :
§ Tout d'abord la répartition du lest et du matériel, comme nous l'avons vu précédemment.
§ Ensuite les mouvements dans l'eau peuvent faire varier l'équilibre du plongeur. La simple respiration permet de monter ou de descendre si l'on part d'une position en flottabilité neutre. Mais cette source supplémentaire de contrôle de la flottabilité est située sur la partie supérieure du corps et n'a donc pas le même impact d'un gilet de stabilisation. Un plongeur à plat ventre va avoir tendance à adopter une position plus verticale, tête en haut, s'il accroît son volume inspiratoire, tout comme il se retrouvera plutôt tête en bas s'il se met à expirer complètement.
§ De même les mouvements des bras n'ont souvent comme effet que de déséquilibrer le plongeur en lui faisant effectuer un mouvement de rotation. Autant faire le moins de mouvements de bras possible. On peut tout à fait tourner à plat en utilisant simplement de petits mouvements rotatifs de palmes. C'est moins fatiguant et plus efficace que de grands mouvements de bras qui ne servent qu'à modifier le centre de gravité du plongeur. C'est même souvent moins dangereux pour l'environnement car de petits mouvements de palmes risqueront moins de casser quoi que ce soit aux alentours.
§ Un simple contact du sol avec un ou deux doigts permet la plupart du temps de rétablir un équilibre ou un flottabilité temporairement incontrôlés, ou tout simplement de s'approcher en douceur d'un objet ou d'un animal, sans soulever le fond par de grands mouvements.
§ En fixant tout le matériel le plus près du corps possible, on évite également certaines perturbations de l'équilibre. Ainsi un manomètre ou un détendeur de secours qui pendent, raclent le fond, s'accrochent sur un rocher ou une épave et viennent ainsi modifier la position du plongeur. Ainsi, tout matériel accroché au plongeur doit être fixé le plus près possible du corps et surtout ne pas pendre, quelle que soit la position adoptée dans l'eau.
§ En ayant la position la plus hydrodynamique possible, le plongeur a moins d'efforts à fournir pour se déplacer, évitant ainsi les grands coups de palmes qui déséquilibrent. L'hydrodynamisme vient de la position du corps mais également, là encore, des différents accessoires et tuyaux qui ont tendance à s'étaler tout autour du plongeur. La forme d'un hérisson n'a jamais été utilisée comme modèle de perfection aérodynamiqueLe travail du moniteur est donc de sensibiliser les élèves au fait que l'on se déplace dans un environnement en trois dimensions, ce qui perturbe un peu les repères et les automatismes. Mais ce qui est le plus difficile à maîtriser, c'est la densité de l'eau. La difficulté est de comprendre qu'il est inutile de vouloir lutter contre les milliers de litres d'eau qui nous entoure, en essayant de vains mouvements de bras ou de jambes. Adopter la position appropriée sous l'eau, c'est utiliser au mieux l'équilibre et la flottabilité en visualisation les différents éléments qui entrent en ligne de compte et en optimisant chacun des mouvements effectués. Avec un peu d'entraînement, un simple coup de palme et une inspiration accentuée peuvent changer complètement la position d'un plongeur sous l'eau, en fonction de ses besoins et du parcours qu'il veut effectuer.
Les requins, les raies et autres animaux marins sont là pour nous montrer l'exemple. Certes ils ne font plus les malins lorsqu'ils sont sur terre, mais sous l'eau, la leçon qu'ils ont à nous donner est incontestable. Ce sont des spécialistes dont nous pouvons certainement nous inspirer.