L'enseignement en piscine

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Par Cédric Verdier

 

De tous les sites d'apprentissage, la piscine a toujours eu mauvaise réputation chez le plongeur. Très longtemps décriée, on ne lui donnait comme avantage que celui de pouvoir nager quelques longueurs en hiver, permettant ainsi au plongeur de maintenir un semblant de forme physique et de garder sur lui un doux parfum de chlore.

Pourtant, en y regardant de plus près, on s'aperçoit facilement qu'une piscine peut être un formidable outil de travail pour un moniteur de plongée. Ce qui aurait dû être décrié depuis longtemps, ce n'est pas l'outil mais plutôt la façon de s'en servir. Les méthodes d'enseignement étaient archaïques et peu adaptées, bien que parfois imaginatives. Voir des plongeurs nager des kilomètres chaque Mardi soir et plonger en T-shirt, plaqués au fond, avec des bouteilles qui datent de la Libération, ne fait que contribuer à la mauvaise réputation de la piscine. L'appellation "Plongeur Piscine" a vite rejoint le répertoire des compliments peu flatteurs qu'un moniteur d'un centre du bord de mer réserve à des plongeurs peu aquatiques et mal amarinés.


Pourquoi la piscine

Lors de l'apprentissage d'un exercice, quel qu'il soit et quel que soit le niveau du plongeur, un certain nombre de problèmes peuvent entrer en ligne de comptes et interférer avec l'acquisition des techniques nécessaires à cet exercice.
Comme chaque moniteur le sait, ces problèmes peuvent être classés en trois catégories :

Les problèmes liés au plongeur : les problèmes qui dépendent directement du plongeur, vont du stress aux problèmes d'équilibre, en passant entre autres, par les difficultés de propulsion ou la maîtrise de la respiration.

Les problèmes liés à l'environnement : le milieu sous-marin dans lequel le plongeur apprend une technique, peut lui causer des problèmes supplémentaires liés par exemple au froid, aux mouvements de l'eau (courant, ressac, vagues en surface), à la profondeur ou à la nature du fond (baisse de visibilité, inégalité du fond, etc.).

Les problèmes liés au matériel : la maîtrise d'un nouveau matériel, quel qu'il soit, nécessite qu'il soit en bon état, adapté et bien réglé. Cela nécessite également d'apprendre à le connaître et à le faire fonctionner dans différents cas de figure.


Pour qu'un élève puisse apprendre une technique dans de bonnes conditions, il est toujours préférable qu'il n'ait à résoudre que peu de problèmes à la fois.

Dans le cas d'un débutant, comment lui demander d'apprendre à vider son masque alors qu'il a froid, que son niveau de stress augmente à cause d'une visibilité réduite, et que son équilibre est perturbé par le ressac en surface. Ces trois derniers problèmes n'ont rien à voir avec la technique de vidage de masque et leur résolution ne fait que ralentir un peu plus l'apprentissage de cet exercice. Un éventuel échec, dû à ces problèmes extérieurs, peut même provoquer un blocage lié au vidage du masque lui-même. La piscine permet de réduire ces problèmes, afin que l'élève et le moniteur puissent se concentrer uniquement sur les problèmes les plus importants et les plus difficiles à résoudre : ceux propres à l'élève.

Dans le cas d'un plongeur expérimenté qui apprend par exemple à utiliser une combinaison étanche, la profondeur et les mouvements de l'eau pourront également s'ajouter à la perception des différences de flottabilité et à l'acquisition d'un nouvel équilibre dans l'eau.

Dans tous les cas, une phase d'apprentissage dans un endroit calme, clair et chaud, comme une piscine, s'avère bénéfique à l'apprentissage de tout nouvel exercice. La piscine constitue donc une solution très intéressante, comme un simulateur de vol pour un pilote, avant d'être confronté aux problèmes supplémentaires liés au milieu naturel.


Quel type de piscine ?

A première vue, une piscine c'est une piscine. Sauf pour le vendeur de piscine et le moniteur de plongée. L'un comme l'autre savent que les piscines se déclinent en une vaste gamme selon un certain nombre de facteurs différents :

La profondeur - C'est bien sûr un élément important pour le plongeur, et suivant la configuration de la piscine, le moniteur pourra en jouer pour faire varier les situations en fonction de l'exercice considéré. Pour un débutant, les exercices pourront se faire dans le petit bain, là où le fait d'avoir pied rassurera les plus stressés. Un fond qui descend doucement permettra une adaptation progressive. Un bassin profond permettra l'apprentissage des techniques de descente et de remontée. Des exercices de flottabilité pourront être réalisés indifféremment dans un petit ou un grand bain, selon le niveau de difficulté que l'on souhaite donner.

La taille - La longueur et la largeur de la piscine vont permettre de déterminer le nombre de plongeurs que l'on peut y mettre raisonnablement en même temps. En fonction de la taille de la piscine, on pourra y organiser plusieurs ateliers simultanément, y effectuer des parcours sous-marins ou des nages en surface sans être constamment obligé de faire demi-tour.

L'accessibilité - La facilité d'accès est déterminante en ce qui concerne l'apprentissage des débutants. Les mises à l'eau peuvent ainsi être variées, les accès au petit bain peuvent permettre de s'équiper dans l'eau. Eventuellement une rampe d'accès peut même faciliter l'enseignement à des plongeurs ayant un handicap moteur.

La température - Bien sûr une piscine chauffé est un élément évident de confort. Ce confort permet à des élèves d'être attentifs plus longtemps et donc de mieux travailler plus longtemps. C'est donc un facteur utile dans un processus d'apprentissage. Le fait qu'il s'agisse d'une piscine couverte ou extérieure peut également impliquer un certain nombre de facteurs gênants : froid, bruits, pluie et vent lors du briefing et de la phase l'équipement, etc…


Les possibilités de l'enseignement en piscine

L'utilisation de la piscine dans un apprentissage de plongée est particulièrement varié. La piscine est un endroit idéal pour les premières armes d'un débutant, qui se retrouve ainsi dans un milieu protégé, sans contrainte, et peut ainsi se concentrer sur son apprentissage. Il peut y apprendre dans un petit bain, toute les techniques de base un tant soit peu stressante (vidage de masque, lacher-reprise d'embout, respiration à deux sur un détendeur, etc…). Il peut y travailler sa flottabilité dans le grand bain (stabilisation en pleine eau, poumon-ballast) et améliorer ses techniques de palmage, avec ou sans scaphandre, en surface ou en apnée.

Mais la piscine peut également être habilement utilisée pour des séances de perfectionnement. Par exemple, un plongeur peut très bien acquérir les gestes moteurs liés aux techniques de sauvetage, avant de les appliquer dans un environnement plus profond et plus semblable aux conditions habituelles de pratique. A moins bien sûr de disposer d'une fosse de 10 mètres ou plus, ce qui permet encore mieux d'améliorer cet apprentissage.

La piscine peut également être un cadre parfait pour l'essai de différents matériels de plongée afin de se familiariser avec leur utilisation. Les novices en photographie sous-marine peuvent faire des essais de prise de vue sur des objets posés au fond d'une piscine. C'est un bon moyen de comprendre les bases de la photo et de perfectionner sa flottabilité. L'essai d'une combinaison étanche, d'un scooter, d'un recycleur, d'un masque facial ou en général, de tout matériel qu'on ne connaît pas, s'avère idéal en piscine afin de ne pas être gêné par les conditions extérieures.

Malheureusement comme tous les outils, la piscine a ses limites. Elles sont liées directement à ses qualités. En effet, on ne peut pas prétendre qu'une piscine soit similaire au milieu naturel et par conséquent, que la formation d'un plongeur uniquement dans des conditions artificielles soit équivalente à une expérience réelle. Il y a des choses qui ne peuvent s'acquérir en piscine, telles que les variations de pression à la descente et à la remontée, la connaissance du milieu sous-marin, ou les variations de flottabilité avec la profondeur.

Mais une piscine chauffée permet souvent sans problème de programmer un apprentissage efficace sur des séances d'un ou deux heures. A moins d'être en mer chaude, cela s'avère difficile autrement.
La piscine est donc un outil pédagogique très utile, qui peut parfois être remplacé par un bord de plage, rarement par une baignoire. Devant cette évidente supériorité de la piscine, il serait temps qu'elle retrouve ses lettres de noblesse à nos yeux.
La piscine ? Un outil souvent mal utilisé.

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