Optimiser sa plongée |
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Par Cédric Verdier
Pourquoi parle-t-on si souvent de l'orientation sous-marine ? Se perdre sous l'eau n'est pas si grave : il suffit de remonter en surface pour savoir où l'on est.
Telle est l'opinion trop nombreux plongeurs. Mais le problème est plus complexe et mérite réflexion.
De nombreuses raisons font qu'il est souvent bien meilleur de savoir où l'on est et où l'on va durant une plongée. En voici quelques exemples.
Petite plongée tranquille au départ d'une calanque proche de Marseille. Cinquante mètres à nager à la palme en surface et la plongée peut commencer le long des falaises de calcaire, au grès des éboulements rocheux et des secs. Seulement voilà, une demi-heure plus tard et un manque total de prise de repères visuels et la remontée se fait n'importe où. Le petit accès sur la plage qui est le seul point de sortie n'est plus à cinquante mètres mais à 500. Seule solution : une bonne séance de palmage en surface.
Un dimanche matin d'automne, plongée depuis le bateau d'un centre situé sur une île de Bretagne. Le bateau est ancré et la plongée ne doit durer que 40 minutes maximum afin de profiter des conditions d'étale entre la marée montante et descendante. Un problème d'orientation sous-marine et tout le programme est faussé. Impossible de retrouver l'ancre du bateau et nous voilà en surface à nager péniblement à contre-courant vers le bateau. Et encore faut-il s'estimer heureux car parfois, une bonne brume peut même nous masquer le bateau en surface, rendant sa localisation encore plus aléatoire.
Une superbe épave pas très loin de la sortie d'un port de la Côte d'Azur en été. Là, pas besoin de bateau car en quelques coups de palmes vigoureux, on atteint facilement l'épave qui repose dans 25 mètres d'eau, couchée sur le flanc. Mais une fois l'épave explorée, arrive l'heure du retour. Sans de solides techniques d'orientation, tout devient difficile. Il est dangereux de revenir en surface à cause du trafic de bateaux à l'entrée du port. Les bateaux à moteur passent à toute vitesse regardant à peine la surface de l'eau devant eux, confondant la tête des plongeurs et les bouées du chenal d'entrée. Il ne reste plus qu'à revenir par le fond.
Une magnifique plongée en Martinique. Ici plus de problèmes de visibilité, à tel point que l'on a tendance à descendre un petit peu plus profond. Plus de problèmes non plus de température. On reste donc un peu plus longtemps. De toute façon, le bateau nous attend, ancré pas très loin. Mais le stock d'air diminue ici comme ailleurs. Une source d'air de secours attend sagement à quelques mètres sous le bateau afin d'effectuer des paliers en toute tranquillité. Mais encore faut-il le retrouver, ce bateau, et à plusieurs dizaines de mètres son ombre n'est toujours pas visible depuis le fond. Et le stock d'air continue à diminuer alors que l'on ne peut regagner la surface à cause de ces maudits paliers.
A la lumière de ces exemples, tirés de situations réelles, on s'aperçoit que l'orientation sous-marine n'est donc simplement une technique d'école pour amateurs de trigonométrie ou nostalgiques des nageurs de combat.
S'orienter sous l'eau, c'est profiter réellement de sa plongée. Pas de parcours inutiles en surface. Pas de problèmes de stock d'air. Economiser son air et son énergie. Ne pas perdre son binôme ou sa palanquée lors de longs palmages inutiles.
Finalement s'orienter, c'est ne pas passer toute la plongée à s'angoisser pour le retour.
L'orientation sous-marine repose sur la connaissance de sa position. Pour cela, deux méthodes possibles : avoir des coordonnées précises par rapport à des axes de référence, ce que nous donnent un GPS ou une carte, ou avoir des éléments de repère par rapport à un point précis. On parle alors de coordonnées polaires, données sous la forme d'un angle et d'une distance. C'est généralement la méthode utilisée par le plongeur, dont le but est de déterminer différents éléments :
Une direction et un sens de déplacement. C'est ce que nous fournissent généralement le compas et les points de repère servant à l'orientation naturelle. Ce sont les techniques que nous verrons ici.
Une profondeur. Le profondimètre, mais aussi les sensations ressenties par le plongeur, sont les principaux outils pour la mesurer.
Une distance. Dans l'article "Estimer une distance", nous vous parlons en détail des méthodes pour estimer les distances sous l'eau. Nous vous invitons donc à vous reporter à cet article pour plus d'informations à ce sujet.
1. Les éléments d'orientation instinctive
Les points de repère géologiques.
Ils sont légions. Un rocher avec une forme caractéristique, un petit tombant, une zone sablonneuse à côté d'une étendue de posidonies, un éboulis rocheux sont autant d'éléments permettant de se repérer et de retrouver son chemin au retour. Une astuce au passage : il est utile de se retourner régulièrement afin de voir le paysage tel qu'on le découvrira en revenant. Les différences peuvent être surprenantes et il n'est pas toujours évident de reconnaître un endroit où l'on est déjà passé. Il est conseillé également de toujours regarder la configuration d'un site depuis la surface (côte, rochers affleurants, nature du fond, position du bateau), afin d'en repérer la topographie générale et de mieux le visualiser dans son ensemble.
Le courant.
Les courants peuvent être autant nos amis que nos ennemis, augmentant ou diminuant nos efforts de palmage. Mais les courants peuvent également constituer des points de repère très fiables car ils sont généralement constants dans leur direction. Une exception à la règle : les courants de marée, mais là encore l'axe général reste constant, même si la direction s'inverse. Un moyen simple de repérer précisément la direction du courant réside dans l'observation des gorgones. En effet, elles sont la plupart du temps orientées perpendiculairement au courant afin de bénéficier du maximum de flux d'eau pour se nourrir.
Le soleil.
Loin des techniques des boy-scouts avec la mousse au pied des arbres, le soleil peut être un allié précieux pour le plongeur qui souhaite se repérer sous l'eau. Comparé à la durée d'une plongée, la vitesse de déplacement du soleil est relativement lente et l'on peut souvent considérer le soleil comme étant fixe. Son utilisation est donc logique, lorsque l'on voit sa lumière sous l'eau (on m'a personnellement rapporté que certains plongeaient alors qu'il n'y avait pas de soleil dehors !). En partant sous l'eau avec le soleil à droite, il y a de fortes chances que l'on revienne avec le soleil à gauche, à condition d'avoir effectuer au préalable un demi-tour. On peut même être plus précis en utilisant la méthode du cadran horaire : si le soleil est à la position " 2 heures " sur un cadran imaginaire, le retour se fera avec le soleil à " 8 heures ". Très pratique donc pour avoir une direction générale de déplacement assez fiable, mais aléatoire en plongée de nuit.
La nature du fond.
Indications précieuses l'on passe sur un fond de sable peut profond (moins d'une dizaine de mètres), les rainures parallèles que l'on remarque dans le sable ne sont guère utilisées comme points de repère. A tort. Ces rainures sont causées par l'action des vagues en surface, qui se dirigent vers le bord. Conclusion : la côte est elle aussi parallèle à ces rainures qui se rapprochent les unes des autres au fur et à mesure que la profondeur diminue.
La profondeur.
Lorsque l'on connaît la configuration du site de plongée, la profondeur de l'endroit où l'on se trouve peut s'avérer fort utile pour se repérer. On s'éloigne (généralement) du bord lorsque la profondeur augmente.
La profondeur est également un bon point de repère lorsque l'on souhaite revenir au bateau. En notant la profondeur où se trouve l'ancre, il suffira de suivre la courbe de niveau correspondante pour y revenir.
2. Le suivi d'un parcours prédéterminé.
Afin d'améliorer son parcours sous-marin, le plongeur astucieux peut décider de suivre un schéma prédéterminé, fonction du site de plongée et des centres d'intérêt à explorer. Après avoir consulté une carte du site (voir encadré) ou pris conseil d'un plongeur ou d'un encadrant habitué des lieux, il suffit d'imaginer une figure géométrique simple qui constituera le cadre général du parcours. On peut même la dessiner sur une ardoise immergeable, et calculer à l'avance les caps à suivre si l'on utilise un compas.
Trajet aller et retour.
Le plus simple et sûrement l'un des plus fréquents. On effectue généralement un aller et retour lorsque l'on plonge le long d'un tombant ou d'une grande épave. Les repères visuels sont alors nombreux.
Schéma en carré, en triangle, ou en cercle.
Suivant les circonstances, on choisit un de ces parcours lorsque l'on explore les contours d'un sec rocheux ou les patates de corail d'un plateau récifal. Puisque les points de repère sont plus difficiles à distinguer, suivre des directions générales s'avère utile pour retrouver son point de départ. Le compas devient alors indispensable par faible visibilité, mais inutile pour faire un cercle.
3. Les aides à l'orientation
L'outil étant la plus belle invention de l'homme, rien d'étonnant à ce que l'on ait adapté au monde sous-marin des techniques utilisées en aéronautique, en navigation marine ou en course d'orientation.
Le compas à aiguille ou électronique.
Certaines Marines de guerre dotent leurs nageurs de combat d'appareils électroniques de repérage, avec balises sous-marines et consoles électroniques. Le plongeur loisir n'a heureusement pas besoin d'une telle précision dans ses déplacements. Le compas de plongée fournit suffisamment de précision tout en restant simple d'emploi et à la portée de tous les porte-monnaie en néoprène. Le but du compas est, comme sur terre, de fournir à tout instant et sans doute possible, un axe de référence, celui du nord magnétique. Mais il peut également donner des informations plus précises quant à la direction que le plongeur suit. Cette direction est alors indiquée par rapport au Nord, le plus souvent en degrés (360° correspondent à un tour complet chez la plupart des gens). Avec un peu de pratique et quelques précautions d'emploi, le compas est un outil très apprécié, en particulier lorsque la visibilité est faible, lors d'une plongée de nuit, ou lors d'un retour en pleine eau. Il nécessite cependant d'éviter toute masse métallique importante (épave, gros câble électrique, paquebot dérouté, etc.) et d'être toujours disponible, à portée de main, afin d'être consulté fréquemment. Les compas à aiguille, assez bons marchés, doivent impérativement être tenus bien à plat afin d'éviter de bloquer l'aiguille. Le compas électronique, d'un prix plus élevé, n'a pas cet inconvénient, et permet de mémoriser des caps lors du suivi d'un schéma prédéterminé. Un conseil : si votre avis diffère de celui du compas quant à la direction à suivre, revérifiez minutieusement… et suivez le compas.
L'ardoise immergeable.
C'est un accessoire simple que possèdent beaucoup de plongeurs. Si elle est accompagnée d'un crayon qui ne casse pas, c'est encore mieux. L'ardoise permet de dessiner rapidement un paysage, de noter des caps ou des distances ou d'estimer un parcours général. C'est aussi le moyen d'avoir avec soi sous l'eau le plan d'un site déjà repéré en surface. Aussi simple que de suivre la Nationale 7 sur une carte Michelin.
Le sextant.
Petit accessoire astucieux et parfois très utile, c'est le fruit des amours coupables entre une ardoise sous-marine et la couronne graduée d'un compas. A l'aide d'un crayon, on reporte sur un quadrillage les caps et les distances parcourues et l'on obtient instantanément le cap et la distance qui nous sépare de notre point de départ. Même si le résultat est impressionnant par sa simplicité et son efficacité, l'utilisation du sextant sous-marin nécessite malgré tout un peu d'entraînement et de concentration. Un de ces modèles est commercialisé par Apollo.
Un plongeur sachant où il va est un plongeur heureux. Un certain nombre d'outils et d'astuces permettent de savoir à tout moment où l'on est et où l'on va, mais cela ne se fait pas par magie. Le temps des plongeurs équipés de balises leur indiquant la direction à suivre pour revenir au bateau n'est pas encore venu, même si des systèmes de ce type existent déjà. Et tout comme pour l'ordinateur de plongée, les systèmes électroniques d'aide à la navigation ne se substitueront jamais complètement à la réflexion du plongeur. Il lui faut maîtriser les différents outils à sa disposition. Pour cela, une formation est souvent conseillée, tout comme un entraînement régulier sous l'eau mais aussi à terre. Grâce à cela, le plongeur devient réellement autonome et ne dépend pas des capacités d'orientation exceptionnelles de l'encadrant qui l'accompagne, sorte de pigeon voyageur subaquatique au flair sans faille. En éliminant ce souci de son cerveau, il profitera plus de sa plongée, en limitant le stress et les efforts qui sont liés à une perte des points de repère. L'orientation sous-marine, c'est en somme se donner un petit peu de mal pour s'en éviter beaucoup.
Comment faire une carte sous-marine.
Tout encadrant digne de ce nom devrait être en mesure de dessiner la carte sous-marine d'un site de plongée afin d'expliquer à des plongeurs autonomes comment s'y repérer et comment ne pas manquer les points intéressants. Cette carte doit avant tout être simple et ne comporter que les éléments indispensables :
Les éléments géologiques les plus importants.
Les points de repère caractéristiques (rochers, Nord, côte, nature du fond, etc.).
Les centres d'intérêt (faune, flore, épaves, etc.).
Les profondeurs utiles.
Les courants et les dangers éventuels.
La position du bateau ou des points d'entrée et de sortie.
Le parcours conseillé, au niveau des directions et des distances.
La carte doit pouvoir être comprise par n'importe qui, même dans une langue étrangère, et doit être suffisamment simple pour être recopiée sur une ardoise immergeable par un mauvais dessinateur ou un amateur de cubisme. Il est toujours préférable de dessiner la carte et de montrer en même temps depuis la surface la position réelle des éléments que l'on dessine.
On commence généralement par la topographie pour finir par les points de repère et les détails plus accessoires. Attention à ce que les divers éléments soient à peu près à l'échelle, en particulier au niveau des distances qui peuvent être parfois surprenantes, alors qu'elles sont très importantes pour déterminer la gestion de l'air. Cent mètres de plus dans un parcours et c'est rapidement cinq minutes de plus sur le temps de plongée. En fonction de la profondeur, cela peut être critique. Une bonne carte sous-marine est là pour éviter cela.
Suivant la taille du site, il est parfois nécessaire de faire plusieurs plongées sur un site pour concevoir une carte assez précise pour être utilisée ensuite par d'autres plongeurs. Mais c'est un réel facteur de sécurité pour un encadrant qui présente un site de plongée à des plongeurs qui vont l'explorer pour la première fois.(Paru dans Apnéa)