Les secrets de l'évaluation

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Par Cédric Verdier

 

Lorsque l'on parle de formation, on parle forcément d'évaluation. En effet, comment pourrait-on dissocier la transmission d'une information et la vérification de l'efficacité de cette transmission. De nombreux éléments peuvent perturber l'apprentissage par l'élève, que ce soit au niveau de l'Instructeur (problème de langue, termes techniques, etc...), de l'élève (manque d'attention, problèmes physiologiques, manque de motivation), ou des conditions d'apprentissage (bruit, météo inappropriée, mauvaise visibilité sous l'eau).
Que l'on fasse passer des connaissances théoriques ou des compétences techniques, il est nécessaire d'évaluer chaque étape de formation afin de corriger les différentes causes d'un problème de transmission. De même est-il indispensable d'évaluer les progrès d'un élève afin de structurer son apprentissage et d'en adapter le rythme.

L'évaluation se fait à différentes étapes de la formation. Aussi faut-il en connaître les mécanismes pour utiliser au mieux les outils d'évaluation mis à notre disposition.


1. L'évaluation préalable (ou prédictive)
Avant de commencer toute formation, le moniteur se doit de vérifier le niveau de ses élèves afin de déterminer leur niveau de compétence et de connaissances. C'est une phase très importante mais malheureusement souvent négligée, faute de temps.

Pour la partie pratique :

Lorsqu'il s'agit d'un cours de débutant, c'est l'évaluation de l'aisance dans l'eau qui est réalisée (test 50 mètres nage libre, apnée à 2 mètres, etc.)

Pour un niveau supérieur, le moniteur peut effectuer une plongée d'évaluation durant laquelle il vérifiera l'acquisition des compétences et techniques nécessaires à la formation envisagée. Inutile de commencer une formation sur l'utilisation des vêtements secs, par exemple, si l'élève ne maîtrise déjà pas sa flottabilité en combinaison humide.

Pour la partie pratique :

L'évaluation préalable d'un débutant se résume souvent à un entretien durant lequel le moniteur va pouvoir déterminer le profil du futur plongeur (A-t-il déjà essayé la plongée ou l'apnée ? Quel est son niveau d'études et sa profession ? Quelles sont ses activités physiques ? etc.)

Pour un niveau supérieur, il peut s'agir d'une évaluation orale (questions concernant les connaissances supposées acquises) ou écrite (questionnaire en classe ou à la maison). Il existe même sur le marché, des programmes de révision des connaissances, sous forme de fascicules ou même de CD-ROM.

Cette étape est cruciale pour le moniteur car en fonction du profil de l'élève, il devra adapter non pas les objectifs pédagogiques qu'il s'est fixé, mais les moyens pour y arriver. La progression de ses cours ne sera pas la même lorsqu'il parle de physiologie à des médecins ou à des enfants, bien que les objectifs finaux puissent être les mêmes.


2. L'évaluation dynamique (ou formative)
C'est l'évaluation de l'assimilation progressive des compétences et des connaissances enseignées. C'est donc le moyen pour le moniteur, de savoir si ses élèves comprennent et retiennent ce qu'il leur enseigne. Mais c'est aussi l'auto-évaluation par les élèves, de leur progression, ce qui leur permet d'être motivés par leur réussite.

En pédagogie théorique, cela peut prendre la forme :

D'une évaluation orale, par l'intermédiaire de questions posées à la classe ou à des élèves précis pour évaluer la compréhension de la séance précédente (questions sur les points clés impérativement mémorisés, et non sur des détails).

D'une évaluation écrite au moyen d'un petit questionnaire à remplir ou à apporter rempli en début de séance (problèmes de tables ou de physique, questions de compréhension).

Il semblerait inutile de continuer l'apprentissage des règles particulières d'utilisation de tables de plongée, lorsque les règles de base ne sont pas assimilées. De même, la compréhension des accidents de plongée repose sur des notions élémentaires de physique et de physiologie qu'il est nécessaire d'avoir acquis au préalable.

En pédagogie pratique, il s'agit principalement :

D'une évaluation orale, durant le briefing, des exercices préalablement appris. Le moniteur posera ainsi des questions sur les techniques de sauvetage ou d'assistance déjà enseignées, avant de présenter à ses élèves des situations plus complexes impliquant plusieurs de ces techniques.

D'une évaluation pratique en début de séance, soit sous forme d'une technique imposée (se stabiliser à 10 mètres en pleine eau), soit sous forme d'une mise en situation nécessitant des techniques déjà apprises (conduire une palanquée en exploration, interpréter et réagir face à des signes de plongée).


Cette évaluation formative pratique peut être effectuée soit systématiquement au début de chaque séance, soit régulièrement au cours de la formation (toutes les trois séances par exemple). Plus l'évaluation est fréquente, et plus la formation peut être adaptée à la progression de l'élève.
Malheureusement ce type d'évaluation systématique n'est pas toujours mise en œuvre lorsque le nombre d'élève est important, pour des raisons de temps. Le moniteur peut alors utiliser des modules de formation, l'élève ne pouvant passer au module suivant qu'à l'issue d'une micro-évaluation. Cela permet alors de regrouper les élèves selon leur vitesse d'assimilation.


3. L'évaluation finale (ou sommative)
C'est l'évaluation sanctionnant la formation, afin d'établir un bilan de compétence. Il s'agit pour le moniteur, de vérifier que les élèves ont bien atteint les objectifs pédagogiques finaux qu'il avait fixé.

En pédagogie théorique, les moyens utilisés sont :

L'évaluation orale, lors d'un entretien avec un jury d'une ou plusieurs personnes. Il peut s'agir de moniteurs ayant participé ou non à la phase de formation, afin de garantir une plus grande objectivité. Ce jury peut également comprendre des spécialistes pas nécessairement moniteurs, dont la tâche est de vérifier l'exactitude des informations fournies par l'élève. Attention toutefois aux excès, cela n'étant valable que pour des niveaux élevés de formation. Rappelons enfin que selon l'ambiance instaurée par le jury, le niveau de stress peut être très élevé chez certains candidats.

L'évaluation écrite. Là encore, plusieurs techniques sont possibles. Le questionnaire à choix multiple (choix entre plusieurs réponses fournies, ou questions Vrai ou Faux) permet une grande simplicité et rapidité de correction mais pose parfois des problèmes d'interprétation. Le questionnaire ouvert (réponse complète à écrire) demande à l'élève plus d'adaptation, d'esprit de synthèse et une bonne maîtrise de la langue écrite. Il peut néanmoins générer des problèmes de correction, en fonction de la clarté et de la lisibilité de l'expression écrite des élèves. Enfin une solution intermédiaire réside dans le questionnaire semi-ouvert (remplir des espaces blancs dans des phrases) qui est un compromis entre les deux premières solutions. Certains examens finaux sont même constitués d'un panachage de ces trois techniques, afin de correspondre à tous les types d'élèves.


En pédagogie pratique, il s'agit principalement :

De la restitution simple de techniques apprises, selon des critères d'évaluation clairement définis (respirer à deux sur un détendeur pendant au-moins une minute, se maintenir stabilisé en pleine eau pendant trente secondes entre 19 et 21 mètres). Des critères précis facilitent la tâche de l'évaluateur, augmentent son objectivité et permettent d'éviter toute contestation de l'élève en cas d'échec.

De l'adaptation des techniques acquises, à des situations différentes ou des environnements différents. Ce type d'évaluation finale ne peut être réservé qu'à des niveaux de formation élevés car, en dehors même des compétences nécessaires, il sous-entend que l'élève n'a jamais été placé dans la même situation, ce qui est incompatible avec des formations de débutant. Là encore, ce type d'adaptation augmente fortement le niveau de stress des élèves.


De plus en plus, en particulier pour les niveaux de débutant, l'évaluation finale tend à disparaître au profit d'une évaluation dynamique tout au long de la formation, mieux adaptée aux besoins de l'élève et moins stressante pour lui. L'évaluation finale, en particulier pratique, se trouve alors réservée à des niveaux supérieurs, tant pour les plongeurs que les encadrants. Elle subsiste néanmoins aux autres niveaux, en particulier pour la théorie, car elle constitue un moyen rapide de sanction en fin de formation, en particulier lorsque l'enseignement a été effectué par plusieurs moniteurs, voire même dans plusieurs lieux différents.
L'évaluation est sans doute l'élément clé de toute formation. Arriver à évaluer un élève, c'est lui donner tous les moyens de réussir en adaptant réellement la formation à ses capacités individuelles.
Mais il est encore plus difficile d'arriver à ce que l'élève puisse également s'auto-évaluer afin de mesurer ses progrès. Cela demande des critères d'évaluation clairement définis. Mais c'est sûrement le meilleur moyen d'accroître sa motivation.

(Paru dans Octopus)

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