Un débutant en combinaison étanche |
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Par Cédric Verdier
Lars est Danois. Pour la première fois de sa vie, il va plonger en mer, et n'ayant que peu de choses en commun avec ses ancêtres les Vikings, il aborde cela avec sérénité bien qu'une légère appréhension soit liée aux conditions ambiantes. Il y a bien eu auparavant quelques entraînements en piscine mais aujourd'hui c'est une toute autre histoire. Même si l'endroit est protégé, la température de l'eau avoisine les 4°C, ce qui est froid, même pour un Danois. Ses compagnons de plongée, eux aussi débutants, commencent déjà à s'équiper à l'abri d'une cabane spécialement conçue et aménagée pour cela. En dehors des deux moniteurs, tous sont débutants, tous plongent pour la première fois et tous sont équipés d'une combinaison étanche.
Bien que cela puisse en surprendre certains, de nombreux moniteurs de plongée dans le monde utilisent la même technique : faire découvrir la plongée, mais équipé d'une combinaison étanche. Car dans les pays scandinaves, dans certaines zones des USA, au Canada, en Nouvelle Zélande ou au Japon, l'eau est froide (voire très froide !) de longs mois de l'année, et la seule solution pour commencer ou continuer à pratiquer cette activité est d'avoir une combinaison étanche, même pour les débutants. Cela nécessite quelques précautions et un complément de formation indispensable par rapport à une formation de base " classique " avec une combinaison humide, mais c'est possible et ça marche !
Un moniteur souhaitant enseigner les rudiments de l'utilisation d'une combinaison étanche à un débutant, doit comprendre qu'il s'expose à un surcroît de travail. Il lui faut en effet aborder quelques notions théoriques et pratiques indispensables. La formation du débutant est donc souvent un peu plus longue et légèrement différente. Mais c'est une pratique quasi systématique dans ces pays où sans cela, pas de plongée possible. C'est aussi quelque chose que l'on pourrait sans difficulté adapter aux conditions en France métropolitaine (et Saint Pierre et Miquelon, pour les plus enragés), afin que des débutants puissent aussi plonger en lac, en carrière ou en mer durant la saison froide. C'est bien ce qui se passe à certains endroits en Suisse et en Belgique.
Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, la combinaison étanche (appelée parfois à tort combinaison sèche, et souvent à tort et à travers volume variable ou volume constant) ne permet pas seulement de lutter contre le froid.
Même si l'hypothermie majeure en plongée est relativement rare, un plongeur exposé à une température assez basse, ressent une réelle fatigue qui semble injustifiée par rapport aux efforts fournis, mais qui provient en réalité de la réponse du corps au stress thermique et à l'augmentation du métabolisme nécessaire à conserver une température interne suffisante.
Ce type de combinaisons, généralement un peu plus chères mais souvent beaucoup plus durables que les combinaisons humides, permet de plonger toute l'année. Quel avantage !
Il permet également de diminuer sa consommation d'air, qui a généralement tendance à s'affoler comme une locomotive, dès que le froid se fait ressentir. En diminuant les effets dus au froid, on réduit aussi l'un des facteurs favorisants des accidents de décompression. Au final, la combinaison étanche permet de mieux profiter de sa plongée et d'y rester plus longtemps.
Mais tout n'a pas toujours été ainsi. Au XIXe siècle, les scaphandriers Pieds Lourds étaient équipés de vêtements en cuir ou en toile imperméables qu'ils appelaient Peau de Bouc (allez savoir pourquoi. L'odeur peut-être ?), et qui rassemblaient en un seul vêtement toutes les caractéristiques de rigidité, d'encombrement et de froid que l'on souhaiterait à son pire ennemi. On trouve désormais des combinaisons étanches en néoprène, en toile caoutchoutée ou en Nylon enduit. En soi, ces combinaisons ne sont pas réellement chaudes s'il n'y a pas d'air à l'intérieur. L'air sert d'isolant (comme pour un Pull en laine) et permet de garder au sous-vêtement toute son épaisseur et ses qualités thermiques, en luttant contre la compression due à l'augmentation de pression ambiante. Par conséquent, une combinaison étanche a moins besoin d'être aussi ajustée au corps qu'une combinaison humide, ce qui peut la rendre un peu plus encombrante sous l'eau. Mais le gain en confort est incontestable.
Pour lutter contre les variations de pression ambiante, la combinaison étanche est équipée d'un inflateur similaire à celui d'un direct system, pour injecter de l'air, et d'une soupape pour en enlever. Les variations de pression et de volume chères à Boyle et Mariotte nécessitent donc un apprentissage particulier pour le débutant qui avait déjà son gilet à gérer et n'en demandait pas tant. Car la combinaison étanche requiert le contrôler du volume d'air à l'intérieur, de sa position et de la flottabilité qu'il génère.
Et nous voilà confrontés à un débutant en plongée, ignorant tout du matériel, de la position dans l'eau, des appuis, du contrôle de la flottabilité et pour qui Mariotte est une chaîne d'hôtels de luxe et sa loi, un règlement intérieur empêchant de fumer dans les chambres. Et ce débutant se voit confié une combinaison étanche que certains plongeurs chevronnés redoutent encore d'essayer, sous des prétextes fallacieux (" c'est pas de la plongée, on ne sent pas l'eau ") ou hygiéniques (à moins d'une couche culotte !). Au risque de retrouver toute une palanquée de débutants, vêtements gonflés à fond à l'issue d'une remontée ballon. En somme une gageure. Cela ne marchera jamais ! Et pourtant…
Il faut d'abord donner à ces débutants quelques éléments complémentaires de théorie. Le froid semble un bon sujet de discussion, d'autant plus que sans lui, il n'y aurait vraisemblablement pas lieu de plonger en étanche. Parlons aussi des différents types et des caractéristiques d'une combinaison étanche (la fermeture, les manchons, la collerette, etc.) et d'un sous-vêtement (anti transpirant, pour rester chaud et sec).
Il s'agit ensuite de familiariser le néophyte avec la combinaison qu'il va utiliser. Comment la préparer, en nettoyert la fermeture et les points d'étanchéité. Comment la mettre, en veillant à ne rien déchirer avec des bijoux ou les ongles pour les plus griffus, et comment tout faire rentrer dedans (en commençant d'abord par la tête, les jambes ou un bras suivant les modèles, plutôt que tout en même temps). Enfin comment l'enlever, l'entretenir et la stocker.
A l'issue de cette prise en main, l'idéal reste de l'utiliser, et le lieu privilégié pour cela est la piscine. Dans cet environnement on ne peut plus protégé, le moniteur a tout loisir de familiariser le débutant à l'utilisation de la combinaison étanche, à faible profondeur et à l'abri de tout courant et autres désagréments que l'on trouve à l'extérieur. Si la piscine est chauffée, il est préférable de n'avoir qu'un sous-vêtement très fin à moins que l'on ne souhaite maigrir très rapidement.
1. Le lestage et la flottabilité
La quantité de lest nécessaire est en général un peu plus importante qu'avec une combinaison humide, principalement à cause de l'épaisseur et de l'encombrement. Mais c'est la répartition de ce lest qui est crucial. Si tout est sur la ceinture, cela risque de déséquilibrer le plongeur et de lui meurtrir les os du bassin après quelques temps. Il est nécessaire de bien répartir les plombs sur la ceinture (idéalement une ceinture à grenailles de plomb ou une ceinture à poche, plus moelleuse), ou d'utiliser du lest intégré au stab ou un baudrier qui répartit la charge sur les épaules. Il est parfois très utile d'avoir des plombs de cheville qui évitent aux jambes de remonter, ce qui placerait le plongeur dans une situation plutôt inconfortable. Car là réside l'un des problèmes de la combinaison étanche, le contrôle de la flottabilité.
Pas assez d'air et le vêtement colle à la peau, perd de son étanchéité, fait des plis qui pincent le plongeur et le gêne dans ses mouvements. Trop d'air et le plongeur remonte. Tout est une affaire de dosage.
Le plongeur aura donc la joie de pratiquer en piscine des exercices lui permettant de mieux contrôler sa flottabilité, en essayant d'adopter diverses positions sous l'eau (sur le dos, debout, sur le ventre en position de palmage, etc.). Ce sera également l'occasion d'apprendre à se stabiliser en pleine eau, sans bouger, à l'aide de sa combinaison.
2. L'apprentissage des purges et des soupapes
L'inflateur permet à tout moment d'injecter de l'air dans le vêtement, afin d'éviter son placage sur le corps. Le raccord doit être facile à connecter et à déconnecter dans l'eau, avec des gants. L'entraînement en piscine permettra ensuite d'être familiarisé avec ces techniques lors d'une plongée en milieu naturel, s'il est nécessaire par exemple de se déséquiper en surface. L'idéal est d'arriver à déconnecter ce raccord d'une seule main.
Automatique ou manuelle, la soupape est souvent située sur le bras gauche, le monde étant opprimé sous la domination des droitiers. Pour expulser un volume d'air inutile, il est nécessaire de lever le bras afin que la soupape soit au point le plus haut et recueille l'air réparti dans tout le vêtement.
La descente s'effectue les pieds les premiers, suivant la technique du phoque, afin d'éviter l'accumulation d'air dans les pieds de la combinaison. Même dans les quelques mètres d'eau de la piscine, le plongeur peut s'entraîner à injecter un peu d'air au fur et à mesure de la descente, de manière à garder toujours une flottabilité nulle.
La remontée doit respecter la vitesse préconisée par les tables ou l'ordinateur utilisé. Une purge régulière est nécessaire pour compenser la dilatation de l'air dans la combinaison.
3. La gestion des situations délicates
Les situations gênantes dues à la combinaison étanche sont essentiellement au nombre de deux. La remontée ballon et l'inondation. Dans les deux cas, il faut agir avec calme mais rapidité (toujours facile à dire !) car une remontée rapide peut s'avérer parfois difficile à maitriser et une inondation de la combinaison peut réellement gêner voire empêcher la remontée du plongeur. L'un des éléments importants qui permet d'envisager ces situations avec autant de calme qu'un Rasta jamaïcain est sans conteste la stab (ou la bouée collerette pour les inconditionnels et les nostalgiques). En plongée loisir, l'utilisation d'une stab avec une combinaison étanche est plus que recommandée. En immersion, on utilise généralement sa combinaison étanche pour contrôler sa flottabilité, gilet vide, ce qui évite d'avoir à gérer deux enveloppes d'air différentes, en particulier durant la remontée. Le gilet sert en cas de besoin d'une flottabilité supplémentaire en surface ou au fond, car gonfler complètement une combinaison étanche transforme son possesseur en un épouvantail rigide et engoncé.
En cas d'inondation importante dans le vêtement, généralement à cause d'une déchirure ou d'un problème de fermeture, le gilet sert à remonter (s'il a suffisamment de flottabilité).
Pour réagir efficacement à un début de remontée ballon, le plongeur peut s'entraîner en piscine même dans un endroit peu profond (c'est même plus dur). Suivant la position dans laquelle il est, le gilet lui sert à contrebalancer le volume d'air emprisonné dans les jambes, en répartissant différemment sa flottabilité. Grâce à un coup de rein complémentaire, le plongeur pourra retrouver une position tête en haut qui lui permettra de purger l'air en excédent. L'entraînement peut se faire à l'aide d'une gueuse ayant une boucle ou une poignée permettant de bien la tenir. Cela permet de rester au fond pour pratiquer plus fois de suite et d'éviter ainsi toute remontée incontrôlée.
L'expérience montre que tout plongeur débutant peut apprendre à plonger en combinaison étanche. Même si cela nécessite une formation plus approfondie d'un point de vue pédagogique, c'est d'un point de vue humain beaucoup plus efficace. Le plongeur peut pratiquer son activité quelque soit la température de l'eau sans éprouver d'appréhension ou de réticence. Moins sujet au froid, il se fait plus plaisir sous l'eau. Si en France, la moitié seulement des plongeurs chevronnés avaient une combinaison étanche (et l'utilisaient), un grand nombre de centres de plongée ne seraient pas fermés durant les mois d'hiver.(Paru dans Octopus)