Antirouille |
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Par Cédric Verdier
Avec l'été revient pour beaucoup le moment de se remettre à la plongée sous-marine.
Cette pratique, bien qu'occasionnelle, est pourtant le moyen de goûter les charmes et les plaisirs de la plongée sur nos côtes, lorsque les conditions sont les plus agréables. L'eau est chaude, le soleil au rendez-vous et les vacances d'été sont normalement synonymes de détente et d'oubli des soucis quotidien. Le cadre idéal pour profiter sans restriction des attraits du monde sous-marin. L'été reste pour beaucoup d'entre nous le moment des vacances au bord de la mer alors que l'hiver est la saison du ski.
Seulement, avant de partir dévaler les pentes neigeuses, chacun sait qu'une petite préparation est indispensable. Pour les plus sédentaires, cela veut dire remise en condition, notamment au niveau des articulations, si sollicitées pendant la semaine en montagne. Pour la majorité, préparation du matériel et des vêtements de ski, réadaptation progressive aux techniques un peu oubliées, voire même information sur les nouvelles techniques et les derniers équipements sortis.
La plongée, son pendant estival, n'échappe pas à cette règle. Préparation, révision et adaptation constituent le triptyque indispensable de celui ou celle qui se remet à la plongée sous-marine, l'espace des vacances. Et la profonde métamorphose s'opère, subtile dans ses manifestations extérieures mais durable dans les habitudes qu'elle provoque et qui ne disparaîtront que quelques mois plus tard. S'il n'y a pas rechute d'ici là.
1. La préparation matérielle
Se préparer signifie à la base parer à l'avance à toute éventualité. C'est donc prévoir les moyens de gêrer les différents problèmes qui pourraient survenir en plongée.
Cette préparation concerne trois éléments indispensables du plongeur : son équipement, son corps et son esprit.
La préparation du matériel est bien évidemment l'étape la plus évidente. Il s'agit de ressortir des placards un matériel qui n'a pas servi depuis quelques temps mais qui sera très rapidement utilisable s'il a été correctement entretenu et rangé.
Palmes, masque et tuba : si la qualité des matériaux utilisés est bonne, le déstockage ne posera pas de problèmes particuliers. Le masque en silicone était rangé dans une boite, ce qui lui a évité d'être en contact avec d'autres articles dont, par sympathie, il aurait eu tendance à prendre la couleur. Les palmes ont été conservées bien à plat, ce qui a empêché tout mauvais plis durable au niveau de la voilure. Le tuba est vérifié, notamment au niveau de l'embout buccal et des éventuelles soupapes, afin de s'assurer que tout est en état de marche. Toutes les sangles sont inspectées afin de détecter toute trace d'usure qui entraîne immanquablement une rupture, le plus souvent au mauvais moment.
La combinaison isothermique : c'est naturellement l'équipement qui vieillit le plus mal. De façon assez étrange, les combinaisons changent de taille d'une année sur l'autre, au gré des variations anatomiques et des préférences culinaires. La plupart du temps serrées, les combinaisons répondent alors à l'un des critères de choix les plus importants, l'ajustement. Mais un ajustement contrôlé et modéré, car une combinaison clairement trop petite empêchera certes l'eau de circuler à l'intérieur, mais gênera la respiration et limitera les mouvements du corps et la circulation sanguine. Son enfilage représentera l'attraction pour les autres plongeurs, curieux de comprendre la signification profonde de ces contorsions et désireux d'expérimenter de visu la compression de la matière.
La fermeture à glissière sera prête à fonctionner si l'on a pris soin de légèrement la graisser avant l'hiver. Les coutures et les éventuels manchons d'étanchéité devront être inspectés afin d'éviter toute déchirure et ouverture inhabituelle au moment de l'enfilage. Etant donné que la combinaison est l'un des acteurs principaux du confort du plongeur, il est essentiel d'en prendre soin en la rinçant systématiquement, en la suspendant de préférence à un cintre large et en l'entretenant correctement. Il est souvent plus facile et moins coûteux de réparer une petite couture qui commence à se défaire que de faire réparer un vêtement dont toute une couture s'est ouverte.
La ceinture de lest : oubliée, négligée, mal aimée, la ceinture de lest est néanmoins un élément souvent indispensable du plongeur. Comme tout équipement, la ceinture de lest se prépare, même si son entretien est très limité. Il est pourtant bon de vérifier que la boucle de la ceinture fonctionne sans problème, que les plombs n'ont pas été écrasés par un choc qui les empêcherait maintenant de glisser, et qu'ils sont bien répartis de chaque côté. C'est aussi un grand moment d'humilité durant lequel il est nécessaire de se remettre en question : N'aurai-je pas besoin de rajouter quelques plombs au début ?
La bouteille de plongée : que ceux qui possèdent leur bloc ne s'amusent pas à en assurer l'entretien complet. L'inspection visuelle et l'entretien de la robinetterie sont une affaire de spécialiste. La seule chose à faire au niveau de l'utilisateur est de stocker la bouteille, convenablement rincée, debout et à l'abri des chocs. Suffisamment longtemps avant la reprise de la plongée, un bref coup d'œil sur les marquages de la bouteille permettent de savoir si une réépreuve est nécessaire. Bien qu'il soit préférable de stocker sa bouteille avec une légère pression à l'intérieur, on pensera peut être à la vider avant le premier gonflage de la saison, ceci afin de s'assurer de la qualité de l'air que l'on respirera en plongée.
Le gilet de stabilisation : pièce sensible, le gilet doit être minutieusement vérifié avant la reprise de l'activité. Est-il bien étanche ? Les purges et le direct system fonctionnent-ils correctement ? Les réglages des sangles d'épaule et de poitrine sont-ils toujours d'actualité ? Répondre à toutes ces questions permet d'éviter tout désagrément ultérieur. Les points les plus fragiles sont à coup sûr le raccord du direct system, les purges qui ont tendance à se bloquer et les sangles qui peuvent s'user et dont les boucles ont pu casser sur un choc pendant l'hiver.
Le détendeur : nous entrons dans le domaine des spécialistes, là où tout bricolage est prohibé, voire dangereux. Tout comme il ne vaut mieux pas réviser soi-même les freins de sa voiture, le détendeur détermine notre capacité à respirer de l'air sous l'eau. On en souligne jamais assez l'importance. Le détendeur a donc été révisé par un technicien compétent, puis stocké à l'abri, en évitant tout coude aux tuyaux. Pensez malgré tout, avant d'aller plonger, à vous assurer que l'embout du deuxième étage est en bon état et qu'aucun flexible ne témoigne de signes d'usure. Ce sera également le moment de vérifier l'état du manomètre et des autres instruments qui y sont éventuellement attachés.
La préparation du plongeur est bien plus complexe et la révision annuelle confiée à un spécialiste bien plus rare. Le plongeur doit préparer son corps à une activité physique qu'il n'a peut-être l'habitude d'avoir et son esprit à un environnement et des situations différentes auxquels il n'est plus habitué.
2. La préparation physique
Même si beaucoup de plongeurs pratiquent régulièrement l'hiver par le biais de séances en piscine, ce n'est pas le cas pour tout le monde. Pourtant ces séances sont souvent très utiles pour garder une certaine forme physique par le biais de parcours de nage. Elles permettent également de garder le contact avec l'eau, et de conserver voire d'améliorer, ses capacités d'apnée. Enfin elles sont la possibilité pour les plongeurs saisonniers, de manipuler régulièrement le matériel de plongée et de répéter périodiquement les techniques et les procédures d'urgence.
Pour ceux qui ne fréquentent pas l'eau chlorée l'hiver, une activité aérobie est cependant conseillée. Le jogging modéré ou le vélo sont tout à fait indiqués. Cela permet au système cardio-vasculaire de rester en forme, prêt à être sollicité par la pratique de la plongée sous-marine.
Mais le meilleur entraînement au palmage reste…le palmage. Les muscles des jambes y ont un mouvement bien particulier qui ne s'acquiert et s'entretient qu'avec cette pratique spécifique. Alors avant d'aller plonger, n'hésitez pas à vous remettre à l'eau pour vous promener en surface avec vos palmes et votre masque.
3. La préparation mentale
Là réside le cœur du problème. Sous l'eau, l'être humain est confronté à un environnement qui n'est pas le sien et qui provoque évidemment des situations de stress. Ce stress est en général complètement maîtrisé et est contrebalancé par la sensation de bien-être lié à l'apesanteur. Mais ce stress est bien présent et n'attend souvent qu'une situation un peu inhabituelle pour resurgir. Une panne d'air, une nage un peu difficile contre le courant, une visibilité réduite, ou tout simplement des petits problèmes de matériel juste avant la mise à l'eau, et le plongeur sent son niveau de stress monter rapidement. Ce stress peut alors s'exprimer pleinement par l'intermédiaire de ses effets néfastes : augmentation du rythme cardiaque, difficulté de concentration, souffle court, et dans les pires cas, panique active ou passive.
Mais la préparation à ce genre de situation s'avère très difficile, à la limite de l'impossible. Certaines mesures peuvent malgré tout aider à la gestion de ces états.
Soyez en bonne condition mentale avant de recommencer la plongée. Inutile de plonger pour oublier ses soucis et ses problèmes, car ils ne font en réalité que s'ajouter à ceux que l'on peut avoir sous l'eau. Lorsque l'on plonge pendant les vacances d'été, c'est pour se reposer, se détendre et se relaxer.
Avant de replonger, prenez d'abord quelques jours de repos afin d'éliminer tout souci et de ne pas vous retrouver fatigué avant même de commencer.
Connaissez vos limites et ne les dépassez pas, qu'il s'agisse de la profondeur, des efforts à fournir, de la température ou de tout facteur qui est différent de ce que vous connaissez et savez maîtriser.
Détendez-vous avant chaque plongée et ne laissez pas la précipitation générale sur le bateau vous gagner. Mais soyez quand même prêt en même temps de tout le monde.
Ecoutez attentivement le briefing qui vous est fait avant la plongée. Cela vous évite des surprises en sachant parfaitement ce qui se passera sous l'eau.
Discutez avec vos compagnons de plongée, en particulier si vous ne les connaissez pas. Connaissez leur objectif durant la plongée.
Familiarisez-vous avec le matériel utilisé par les plongeurs qui vous accompagnent. En cas de problème, vous n'aurez à chercher comment larguer tel type de ceinture, où se trouve tel Octopus et comment purger tel modèle de détendeur.
Entraînez-vous aux procédures d'urgence (panne d'air, essoufflement, etc.) afin que ces techniques constituent des automatismes même en cas de stress.
4. La révision
Le plongeur " rouillé " a toujours besoin de se remémorer les techniques et connaissances que le temps a progressivement effacé de sa mémoire.
N'hésitez donc pas, quelques semaines avant votre départ en vacances, à relire quelques ouvrages concernant la plongée, en fonction du niveau de pratique que vous avez déjà ou que vous souhaitez obtenir. Cela vous remémorera en particulier les règles de sécurité. C'est l'un des meilleurs moyens de réviser les notions théoriques importantes.
L'utilisation des tables de plongée et des règles qui y sont associées est tout aussi cruciale. C'est quelque chose que l'on peut oublier assez rapidement et qu'il faut absolument maîtriser avant toute plongée qui en nécessite l'utilisation.
Quant à la pratique, pourquoi ne pas demander au centre de plongée, de faire une plongée de révision avec un moniteur. Cette plongée permettra de retrouver les automatismes de base et sera constituée de tout un circuit d'exercices, sous la surveillance experte d'un moniteur qui éventuellement pourra vous aider à en améliorer la réalisation. Les techniques de base concernent bien sûr des éléments de sécurité et de confort tels que le vidage de masque, la purge du détendeur ou du gilet. Des réflexes élémentaires de palmage, d'équilibre ou tout simplement de ne jamais bloquer sa respiration. Mais aussi des procédures plus élaborées en ce qui concerne la conduite à tenir en cas de panne d'air ou la maîtrise du contrôle de la flottabilité.
5. L'adaptation
Enfin rien ne sert de préparer son équipement, son organisme et son esprit à des circonstances vécues et qui ne sont plus celles dans lesquelles on va pratiquer à nouveau. Une adaptation aux nouvelles conditions de plongée est nécessaire.
A l'occasion d'un voyage en pays chaud, vous découvrez peut-être une visibilité, du courant ou une température qui ne ressemble en rien à ce que vous avez connu auparavant. La comparaison est peut-être favorable mais la conclusion est toujours la même : la nécessité d'une phase d'adaptation. Car chaque environnement présente ses avantages et ses inconvénients, ses charmes et ses dangers. L'eau des Maledives est peut-être chaude et claire mais les courants peuvent facilement vous entraîner là où vous ne voulez pas aller. Les lacs et les carrières offrent des conditions météo généralement constantes en surface mais le manque de visibilité peut vous surprendre. Malgré une visibilité et une température agréables, la côte méditerranéenne peut cependant surprendre par des évolutions rapides de la météo. Un guide de palanquée connaissant bien les sites et leurs particularités est sans conteste le meilleur moyen de découvrir rapidement et en toute sécurité un nouvel environnement de plongée, ainsi que les procédures les plus efficaces qui y sont associées.
De même, si vous louez une partie du matériel de plongée, ce dernier est vraisemblablement légèrement différent de celui de votre précédente location. Vous devez alors le configurer pour qu'il soit le mieux adapté à vos préférences et à votre morphologie. C'est peut-être également l'occasion d'utiliser du matériel que vous avez acheté il y a peu de temps et que vous essayez pour la première fois. Un nouveau gilet, un ordinateur de plongée, un compas sont autant d'accessoires qui demandent un peu de pratique au début. Là encore, les conseils et la supervision d'un moniteur peuvent s'avérer particulièrement pratiques afin de ne par gâcher quelques plongées à s'accoutumer à ce nouveau matériel.
La reprise de la plongée est une affaire de préparation. L'homme n'a pas été créé pour se déplacer sous l'eau et cela exige un équipement, une adaptation et un état d'esprit en conséquence. Tout cela nécessite un peu de temps mais c'est une chance supplémentaire de réussir et de profiter pleinement des plongées que l'on va effectuer. Sans cela, le résultat est incertain et l'adaptation plus longue. Et en vacances, on a tout le temps.
(Paru dans Océans)