La plongée à La Réunion |
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Par Cédric Verdier
Quand on parle de plongée dans les DOM-TOM, on pense souvent Antilles, Nouvelle-Calédonie et Polynésie. C'est oublier un peu vite une destination qui mérite que l'on s'y intéresse de très : la Réunion.
Perdue dans l'Océan Indien à plus de onze heures d'avion de la Métropole, la Réunion est avant tout une île pleine de charme car volcanique, accidentée et verdoyante. C'est le paradis des amateurs de parapente, de randonnée ou de canyoning. Les sites s'y prêtent bien, en particulier les trois cirques montagneux et la Fournaise, volcan régulièrement en éruption.
Le Comité du Tourisme de la Réunion ne s'y est pas trompé et a pendant longtemps activement promotionné les activités de montagne et de pleine nature. Aujourd'hui, le tourisme représente une activité importante pour l'île, avec plus de 1,7 milliards de francs en 97 et 370 000 visiteurs, en majorité venus de la Métropole.
Mais la Réunion, c'est avant tout une île dont la température annuelle oscille entre 20 et 28°C au niveau de la mer, entourée d'un Océan Indien qui favorise également la pratique de tous les sports nautiques. De quoi intéresser les amateurs de plongée sous-marine. C'est ce qui a poussé un certain nombre de pionniers à créer il y a moins d'une dizaine d'années, des centres de plongée destinés aux touristes, et non plus des clubs associatifs au seul usage des insulaires de Saint-Denis ou de Saint-Pierre.
La plongée sous-marine est un secteur économique plus que récent à la Réunion, et l'implantation des centres témoigne de certaines difficultés qui ont encore la vie dure. Pour Fabrice Mallet, l'un de ces pionniers, " La Réunion ne bénéficie pas de l'image idyllique des autres destinations plongée. La mer est plus dure et, suivant les conditions météo, il y a parfois peu d'abris. Mais le Comité du Tourisme s'est aperçu de notre existence et affiche sa volonté de pousser la plongée. Les billets d'avion de la Métropole sont de moins en moins chers et de plus en plus de gens viennent découvrir les fonds marins de notre île ".
Au milieu de l'Océan, la Réunion présente des conditions de mer parfois difficiles, la côte Est souvent sujette à une grosse houle du large. Quand à la côte Ouest, c'est là que l'essentiel de l'activité plongée est concentrée, en particulier à Saint-Leu et Saint-Gilles. Mais là aussi des difficultés purement logistiques ont été pendant longtemps un frein à ce secteur d'activité. Pour Laurence Bachmann, du centre ARESS, " les choses sont maintenant résolues avec la construction de locaux en dur, mais le port de Saint-Gilles n'a proposé aux plongeurs, pendant de longues années, qu'un entassement de containers reconvertis tant bien que mal en centres de plongée. Difficile d'accueillir des clients dans des locaux rouillés, souvent sans sanitaires et sans confort. Qui plus est, une douzaine de centres aux allures de campement permanent, cela ne donne pas forcément confiance à la clientèle ".
Fort de cette reconnaissance de la plongée comme agent du développement touristique de l'île, les projets affluent avec la construction d'un aquarium à Saint-Gilles et d'un parc marin dans la zone. Des corps morts s'installent, et une réserve avec interdiction de chasse se met en place. Un grand pas en avant pour les plongeurs et les amateurs de bateaux à fond de verre. A proximité ont même été coulées deux épaves, aux environs de 50 mètres, afin de proposer aux plongeurs, certes plutôt expérimentés, des récifs artificiels refuges de poissons.
Mais Rome ne s'est pas fait en un jour. Pour Yves Reignier, du centre Bleu Marine Réunion, " La plongée à la Réunion est encore très saisonnière, très axée sur une clientèle locale. Le prix de la plongée est particulièrement bas, lié justement à ce manque de clientèle extérieure, de Métropole ou d'ailleurs. Entre 120 et 190 FF tout compris, cela reflète mal le coût réel des prestations, même si la TVA n'est qu'à 9,5% ". Et pour l'ensemble des intervenants de la plongée, l'une des grosses difficultés, c'est le manque de structures d'hébergements à des prix raisonnables à proximité des zones de plongée, pour des groupes ou des individuels.
Du côté de la DDJS de la Réunion, l'attitude est plus méditative : " Dans les années 80, la plongée était essentiellement associative. Nous sommes maintenant dans une période de transition vers une activité professionnelle. Sur les 24 structures plongée de l'île, 15 sont des centres à vocation commerciale. En dehors des véritables associations et des clubs militaires, les structures en situation para-commerciale sont peu nombreuses et appelées à disparaître. A Saint-Gilles par exemple, le prix des loyers des nouveaux locaux devrait progressivement éliminer les canards boiteuses. Nous étions pour le moment dans une phase de conseil mais nous passons maintenant à une phase de contrôle réel de toutes les structures de plongée afin d'assainir la situation et d'aider le pratiquant ".
La note optimiste dans tout cela, revient à Pascal Martinie, de Saint-Leu Plongée : " pendant longtemps, la mer à la Réunion a eu mauvaise réputation, mais les choses changent. Les Créoles eux-mêmes qui redoutaient les requins, plus par tradition qu'autre chose, pratiquent de plus en plus la plongée. Les touristes découvrent les activités nautiques réunionnaises et les centres de plongée, qui ont souvent eu beaucoup de mal à s'entendre, se mettent à discuter des problèmes économiques de l'île. Chacun commence à proposer d'autres choses à faire : de la plongée enfant, du Nitrox, de la photo ou du scooter. Les choses arrivent doucement à maturité, afin que l'on considère nos spots sur le même plan que les autres spots de plongée de l'Océan Indien".
Une charte de qualité
Le tourisme est actuellement lié à 5000 emplois directs sur l'île. L'offre est vaste et le visiteur parfois perplexe. C'est pour cela que le Label " Réunion Qualité Tourisme " a été mis en place par le Comité du Tourisme de La Réunion, en partenariat avec la Chambre de Commerce. Pour Sabine Ichambe, responsable des relations extérieures, " ce label était nécessaire. Il regroupe une soixantaine de prestataires de services, dont seulement quatre pour la plongée. Mais les conditions d'attribution sont très sévères et le visiteur est en droit d'attendre accueil, ponctualité, convivialité et confort. Nous sommes heureux de travailler plus étroitement en collaboration avec les centres de plongée et différents vecteurs de promotion tels que James Caratini, afin de faire connaître la Réunion aux plongeurs de la Métropole ".
Cette charte de qualité a fait quasiment l'unanimité parmi les acteurs du tourisme de la Réunion, aussi bien dans le domaine de l'hôtellerie que dans celui des activités sportives et de loisir. Il lui a même fallu se doter d'un outil de contrôle, sous la forme d'un Comité technique de Suivi, afin de s'assurer de la pérennité de cette charte. De plus en plus de centres de plongée devrait obtenir ce label, dans la mesure où il témoigne d'une professionnalisation réelle de ce secteur d'activité.