La plongée aux sommets |
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Par Cédric Verdier
Pas besoin de gravir l'Everest ou les hauts plateaux andins pour faire une plongée en altitude. Des lacs bien souvent couramment plongés nous placent déjà dans le cadre de la plongée en altitude, et nous obligent au respect de règles et de procédures bien particulières.
Un monde étrange s'offre à nous : froid, raréfaction progressive de l'oxygène, faune et flore d'eau douce. Que l'on choisisse de plonger dans un lac entouré de vaches ou de bouquetins, une chose est garantie, la beauté d'un paysage qui associe calme et dépaysement pour le plongeur habitué à l'agitation des plongées en mer. Un départ du rivage, au rythme de chacun, et l'entrée dans une eau souvent " vivifiante et tonique ", peuplée d'éléments insoupçonnés et d'épaves lacustres qui surgissent au cur d'une obscurité que les faisceaux des lampes ont parfois bien du mal à franchir.
Mais même s'il y a paradoxalement en Europe, plus de plongées effectuées en eau douce qu'en eau de mer, la plongée en altitude nécessite quelques adaptations des règles de plongée habituellement enseignées.
L'adaptation de la théorie de la décompression
En 1988, un moniteur de plongée suisse du nom de Martin Weber réalisait une plongée record à plus de 4780 mètres d'altitude, dans un lac africain du massif du Mont Kenya. Inutile de dire qu'une telle plongée ne fut réalisable qu'au prix d'une expédition dont tous les aspects furent minutieusement planifiés.
Mais même si vous ne vous sentez pas l'âme d'un Charcot ou d'un Paul-Emile Victor et que l'organisation des expéditions se limite à un petit lac à proximité, sachez que, du point de vue de la décompression, la plongée en altitude démarre à partir de 300 mètres.
L'un des points importants à considérer est que la baisse de pression atmosphérique est d'environ 3,1 % tous les 300 mètres d'élévation (il s'agit d'une grossière approximation d'une formule plus compliquée, mais qui reste bien suffisante dans notre contexte).
Ainsi au niveau de la mer, la pression atmosphérique est de 1 bar alors qu'à 3000 mètres, elle n'est plus que de 0,7 bar.
Or les tables ont été conçues pour des plongées au niveau de la mer, ce qui fausse tous les calculs en altitude.
Pour calculer sa décompression, il ne reste alors que trois solutions :1. L'ordinateur de plongée, dont la plupart des modèles prennent en compte la montée en altitude et corrigent automatiquement le profil de décompression en conséquence. C'est la solution la plus simple par excellence, mais qui nécessite un investissement certain et présente l'inconvénient de témoigner une confiance aveugle dans une petite machine qu'il est toujours préférable de mieux comprendre afin de l'utiliser correctement.
2. L'utilisation d'une tables de plongée " Altitude " calculées spécialement pour cela. C'est le cas des tables suisses Bühlman dont l'une des versions est prévue pour les plongées entre 701 et 2500 mètres. C'est une solution bien adaptée et simple, qui a le mérite d'avoir été conçue spécialement pour cela.
3. L'utilisation d'un tableau donnant par simple lecture, la profondeur à utiliser dans les tables de plongée courantes prévues. En fonction de l'altitude du lac et de la profondeur réelle atteinte, on obtient une profondeur " fictive " qui sert à lire sa procédures de décompression sur des tables originellement prévues pour le niveau de la mer. L'avantage est bien sûr de pouvoir utiliser n'importe quelle table en fonction de ses besoins et de son type d'activité.
4. Le calcul de cette profondeur " fictive " afin d'être plus précis que le tableau des profondeurs fictives. C'est la solution préférée des matheux qui aiment bien tout vérifier eux-mêmes. Attention aux erreurs de calculs et à la nécessité de connaître la pression atmosphérique du lieu où l'on se trouve.
Quelle que la solution retenue, une petite particularité : la vitesse de remontée et les profondeurs des paliers ne sont pas les mêmes qu'au niveau de la mer. Cela nécessite parfois adaptation et savants calculs, afin de respecter un profil optimal de décompression.
Attention également au fait que la montée en altitude pour atteindre le lac désiré, oblige à quelques précautions. L'idéal est en effet de monter en altitude bien avant la plongée, ce qui permet une acclimatation pendant au moins 6 heures. Dans le cas contraire, il est conseillé d'appliquer là aussi un facteur pénalisant, en ajoutant 2 groupes de pression en plus pour chaque 300 mètres d'élévation en altitude. Dans tous les cas, on doit impérativement attendre 6 heures d'acclimatation avant de pouvoir plonger au dessus de 2400 mètres.
L'adaptation à l'altitude
L'hypoxie en altitude est bien connu des alpinistes sous le nom de " mal des montagnes ". Une adaptation progressive est nécessaire pour l'organisme, mais à moins que vous ne prévoyez comme certains, de vous faire déposer en hélicoptère dans un lac de haute altitude, ce phénomène ne devrait pas vous toucher. Sachez qu'il provoque vertiges, nausées, fatigue et baisse progressive des capacités.
L'hypothermie est par contre souvent d'actualité car le froid peut être intense même s'il ne s'agit pas nécessairement d'une plongée sous glace. Nous sommes en altitude, l'air est frais, mais l'eau encore plus ! C'est la raison pour laquelle la combinaison étanche est une solution très souvent choisie par les plongeurs de lac réguliers. Cela permet non seulement d'avoir plus chaud sous l'eau, mais aussi d'éviter un refroidissement parfois très important lorsque l'on sort de l'eau et que l'on se change. La combinaison étanche est un remède efficace à ces maux, en permettant un déséquipement rapide et peu humide.
Et si l'eau est véritablement froide ou que vous deviez y rester longtemps, pourquoi ne pas opter pour des gants étanches et un masque facial.
L'adaptation de l'équipement
Les lacs d'altitude sont souvent remplis d'eau douce (les lacs d'eau salés sont excessivement rares, en dehors des mers intérieures, généralement en dessous des 300 mètres). Cela génère donc quelques différences de flottabilité pour le plongeur. Bonne nouvelle : on a besoin de moins de lest. C'est toujours cela de gagné sur la ceinture. Mauvaise nouvelle : l'eau étant froide, vous choisirez certainement une combinaison étanche qui de toute façon, demande plus de lest qu'un vêtement humide. C'était trop beau
Autre particularité de l'équipement pour la plongée en altitude, le choix judicieux du profondimètre. En effet, pour les modèles mécaniques, la plupart sont calibrés au niveau de la mer, ce qui provoque une différence de lecture due à la baisse de pression atmosphérique. Utile donc, de se renseigner si vous prévoyez ce type de plongée.
Au chapitre des profondimètres mécaniques, de plus en plus rares, un modèle cité plus pour l'anecdote que pour sa fréquence d'emploi : le profondimètre à capillaire dont la particularité est de ne pas donner la profondeur réellement atteinte en altitude, mais directement la profondeur " fictive " qui permet de lire les tables. Utile mais peu précis et surtout source de confusion.
Les modèles les plus modernes et de plus en plus employés restent les profondimètres électroniques et les ordinateurs qui, eux, tiennent compte des variations de pressions atmosphériques et vous donnent directement votre profondeur atteinte en altitude. Souvent calibrés en eau douce, ils sont parfois même plus précis qu'en eau de mer
Un peu de planification au niveau de la décompression, une petite adaptation au niveau de l'équipement afin de permettre un meilleur contrôle des modifications physiques et physiologiques liées à l'altitude, et le tour est joué. Vous voilà transformé en un plongeur des sommets, prêt à découvrir que le brochet d'eau douce n'est pas très éloigné du barracuda, et que les lacs de montagne offrent parfois des tombants aussi vertigineux que les récifs coralliens des îles tropicales. Avec une bonne combinaison et un phare puissant, on s'y croirait presque.